gens du voyage : le Var toujours à la traîne


article de la rubrique roms et gens du voyage > gens du voyage dans le Var
date de publication : vendredi 11 mars 2011
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Les bonnes paroles – « la situation est [...] en voie de normalisation » –, ne peuvent masquer la réalité : comme le montre l’enquête de Var-Matin publiée le 7 mars 2011 dont nous reprenons de larges extraits, dans le Var la situation concernant l’accueil des gens du voyage n’a pas fondamentalement changé depuis l’année dernière. En particulier, l’agglomération Toulon-Provence-Méditerranée ne comporte pas la moindre aire d’accueil aménagée, l’aire de La Chaberte attend toujours que les travaux commencent...

Le nombre de places offertes dans le département étant notoirement insuffisant, on peut craindre que des incidents se reproduisent cette année – les gens du voyage ayant recours à des campements sauvages.


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Lors de la saison estivale et à l’approche de la Pentecôte, le problème des aires d’accueil se pose avec acuité. À défaut de places suffisantes, les gens du voyage ont recours à des campements sauvages. (Photo : Arnassan)

Les gens du voyage en quête d’aires d’accueil

Alors que les occupations illégales de terrain se multiplient, le Var manque toujours de places. Le point sur le schéma départemental d’accueil des gens du voyage

Une caravane fait le printemps ? Alors que les missions évangéliques des gens du voyage ne sont pas attendues dans le Var avant fin mars, les premières occupations illégales de terrains ont déjà eu lieu. Notamment dans l’est du département à Puget-sur-Argens et Fréjus. Mais aussi à l’ouest sur la commune de Saint-Cyr-sur-Mer. Le problème est toujours le même : l’insuffisance criante des aires d’accueil et autres aires de grand passage comme l’exige pourtant la loi du 5 juillet 2000, plus connue sous le nom de Loi Besson.

Nouveau schéma ?

Dix ans après l’adoption de cette loi, force est de constater que le département n’est pas en avance en matière d’aménagement d’aires d’accueil des gens du voyage. Ainsi, sur les trente-huit communes [1] de plus de cinq mille habitants inscrites au Schéma départemental pour l’accueil des gens du voyage, approuvé le 17 avril 2003, seules Brignoles, La Farlède, Le Luc et Puget-sur-Argens disposent d’une aire d’accueil sur leur territoire. Alors que Fréjus a opté pour une aire de grand passage. Soit un total de 283 places. Pas énorme quand on sait qu’une seule mission évangélique peut rassembler jusqu’à deux cents caravanes !

Si l’on en croit le site de la préfecture, un nouveau schéma devrait bientôt entrer en vigueur. La population du département ayant plutôt tendance à grossir, on peut penser que ce nouveau schéma prévoira encore plus d’aires d’accueil. Mais impossible d’avoir plus de précisions. Invoquant le « devoir de réserve » auquel il est tenu en cette période d’élections cantonales, François-Xavier Lauch, le directeur de cabinet du préfet, refuse de s’exprimer pour le moment sur ce dossier. Même d’un point de vue strictement technique.

Accueil ou grand passage ?

Les aires d’accueil sont destinées aux gens du voyage itinérants, dont les durées de séjour dans un même lieu sont variables et peuvent aller jusqu’à plusieurs mois. D’une capacité allant de 25 à 40 places, elles sont ouvertes de façon permanente et gérées sur la base d’un règlement intérieur. Leur utilisation est payante. Le recours à la présence d’un gardien chargé de veiller à l’application de ce règlement garantit le fonctionnement de l’aire.

Les aires de grand passage sont destinées à répondre aux besoins de déplacement des gens du voyage en grands groupes (50 à 200 caravanes) à l’occasion des rassemblements, sur une période d’une à trois semaines. Les aménagements y sont plus sommaires.

L’équipement de ces aires prévoit soit une alimentation permanente en eau, en électricité et un assainissement, soit la mise en place d’un dispositif permettant d’assurer l’alimentation en eau, ainsi que la collecte des eaux usées. Le ramassage des ordures ménagères est également organisé.

Toulon-Provence-Méditerranée se met en conformité

« On est en retard. » En charge des services de proximité à la population, dont l’habitat, Valérie Paecht-Luccioni, directrice générale adjointe
de Toulon-Provence-Méditerranée, ne cherche pas à masquer la réalité.
En matière d’aires d’accueil des gens du voyage, l’agglomération toulonnaise n’est pas en règle. La situation est cependant en voie de normalisation. Du moins en ce qui concerne les aires d’accueil. « Sur l’agglomération, deux aires d’accueil sont prévues. L’une à Six- Fours et l’autre à La Garde (La Chaberte). Sur cette dernière, les travaux ont commencé. En ce qui concerne Six-Fours, le permis a été accordé. On est en train de rédiger le cahier des charges en vue de lancer l’appel d’offres. Ces deux aires seront livrées d’ici à un an. »

Les choses semblent en revanche un petit peu plus compliquées quant à l’implantation d’une aire de grand passage sur la commune d’Hyères.
« Plusieurs terrains avaient été proposés, mais, à chaque fois, on nous a opposé la présence d’espèces protégées ou de zones humides. On a tout eu », explique Valérie Paecht-Luccioni.

Cette dernière n’est pas pour autant inquiète. « Comme l’an dernier lorsque le maire Jacques Politi avait mis un stade à disposition des gens du voyage, on trouvera une solution avec l’agglomération. On se demande cependant si Hyères, commune très touristique, est la mieux adaptée pour recevoir une aire de grand passage. »

Faut-il voir dans cette remarque une réticence a accueillir les gens du voyage dans la cité des palmiers, comme ailleurs dans le département ? Pas sûr. « Les maires ont beaucoup évolué sur cette question. Depuis deux ans, ils ont compris tout l’avantage qu’il y avait à respecter le schéma départemental. Quand on sera en règle avec ce dernier ; il n’y aura plus d’occupation sauvage de terrains. »

La loi qui fait peur

La loi d’orientation et de programmation pour la performance de la sécurité intérieure (dite Loppsi 2) inquiète la communauté des gens du voyage. Cette dernière craint, en effet, que les autorités publiques, invoquant une supposée insalubrité, ne se servent de ladite loi pour chasser les gens du voyage de leurs campements.

La Chaberte : en attendant les travaux

Coincé entre l’autoroute A57, une station-service et une décharge sauvage, le panorama, à La Chaberte, est tout sauf paradisiaque.

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La Chaberte le 22 janvier 2009 (Var-Matin)

C’est un vendredi après-midi de vacances scolaires. Les adolescents partagent leur temps libre entre pétanque et tours de quad sur le terrain vague d’à côté. Non loin de là, les enfants font des acrobaties sur les gros blocs de pierre qui délimitent le campement. D’autres, encore plus jeunes, jouent avec les poneys du Niglo’s Circus...

L’image en serait presque idyllique. C’est oublier l’environnement immédiat du camp de La Chaberte. Coincé entre l’autoroute A57, une station service et une décharge sauvage, le panorama est tout sauf paradisiaque. La dizaine de familles de gens du voyage qui y a élu domicile ne se plaint pourtant pas de ces conditions de vie. Enfin pas trop.

Des promesses...

Il faut dire que leur présence sur ce terrain est tolérée. Après bien des discussions avec la préfecture du Var et l’agglomération toulonnaise, un accord a récemment été trouvé pour que les dix familles en question restent sur ce qui est appelé à devenir l’une des aires d’accueil des gens du voyage de
Toulon-Provence-Méditerranée.
Du moins jusqu’à mai 2012. Après, ils verront bien. Les gens du voyage ont appris à ne pas se projeter trop loin.

Installé depuis quatre ans sur le terrain de la Chaberte, Pierrot affirme : « On n’est pas malheureux ici. On pourrait même vivre normalement si on nous faisait ce qu’on nous promet depuis des années. »

À savoir, niveler le terrain, le recouvrir de graviers et installer un compteur électrique, une borne pour l’alimentation en eau et des toilettes chimiques pour chacune des caravanes. Rien de pharaonique...

Envahis par les rats

Devant la modestie des travaux à réaliser, Pierrot s’étonne que rien n’ait encore été fait. « Qu’on nous donne l’autorisation et en un an on goudronne tout le terrain, on construit des toilettes et on installe les compteurs », lance-t-il comme un défi.

Denis, le premier à avoir posé sa caravane sur le terrain il y a six ans, et les autres hommes du camp acquiescent. Sans remettre en question la parole des autorités politiques, leurs exigences immédiates sont des plus modestes.
« Qu’ils dégagent au moins la décharge voisine. Il y aura moins de rats ! » [...]

Arrivé sur les lieux, chapeau sur la tête, grosse médaille en or à l’effigie de Jésus sur la poitrine, un homme s’immisce dans la conversation. Il est élu à la commission régionale des gens du voyage. « On nous force à être sédentaire, mais on ne nous en donne pas les moyens », résume-t-il.

Sédentaire, Daniel, Solliès-Pontois, l’est. À son grand regret. Il est « gadjo » également, mais parfaitement accepté par les gens du voyage de La Chaberte. « On trouve dans le camp une ambiance qu’on ne retrouve pas dans les HLM. Même pas pendant la journée des voisins. »

Un art de vivre aujourd’hui de plus en plus menacé.

Notes

[1Auxquelles il faut ajouter Garéoult, Trans-en-Provence, La Cadière-d’Azur, Pierrefeu et Solliès-Toucas qui comptent désormais plus de cinq mille habitants.


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