gens du voyage dans le Var : un accueil au compte-gouttes


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date de publication : mardi 6 janvier 2009
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Cinq ans après l’adoption de son schéma départemental, le Var ne pouvait toujours pas offrir la moindre aire aménagée conforme aux spécifications de la loi Besson (voir notre page). Mais la situation commence à évoluer : une première aire vient d’être inaugurée sur la commune du Luc – comportant 19 emplacements, elle pourra accueillir 38 occupants à partir du 12 janvier 2009 [1]. Elle sera bientôt suivie par deux autres aires, à Brignoles puis à La Farlède.

Nous reprenons ci-dessous le dossier que le quotidien Var-Matin a consacré à ce sujet dans son édition du 23 décembre 2008.


Gens du voyage : un accueil au compte-gouttes

par Catherine Aubry, Var-Matin, le 23 décembre 2008

Cinq ans après l’adoption de son schéma départemental concernant l’accueil des gens du voyage, le Var n’a guère évolué sur ce terrain. Le département ne peut en effet offrir aucune aire aménagée conforme à la loi Besson.

Celle du Luc, inaugurée vendredi, est donc la première du genre (lire ci-dessous), en attendant 40 places à Brignoles et La Farlède en 2009. Globalement, un bilan plus que squelettique.

« Nous nous en serions bien passés »

Il existe, en revanche, une aire de grand passage (sur les huit prévues dans le Var) réservée à des groupes importants voyageant ensemble. Aménagée depuis juin dernier sur la communauté d’agglomération de Fréjus-Saint Raphaël elle peut accueillir 150 caravanes, sur un terrain de 3 hectares, pour des séjours limités dans le temps. « C’est le genre de structure que nous n’avons pas inauguré car nous nous en serions bien passés », lâche sans ambages le maire de Fréjus, Elie Brun (UMP), sur la commune duquel se situe cette aire.

Laquelle n’a reçu encore aucune caravane, « car les gens du voyage ne veulent pas y aller. Ils ne se supportent pas entre eux. Il faudrait plusieurs emplacements pour les satisfaire », s’agace le sénateur-maire. Cette structure est pourtant conforme à la loi, assure Élie Brun, avec point d’eau, benne à ordures etc. « Il nous faut juste encore planter quelques arbres pour qu’ils aient de l’ombre », ironise-t-il [2].

A Grimaud, si le terrain consacré au grand passage existe également et est inscrit dans le plan d’urbanisme, il n’est « pas encore tout à fait légalisé », indique-t-on en mairie. Loin des réticences varoises, la prise en compte de la situation des gens du voyage évolue en France de façon positive. Le nombre de places dans les aires d’accueil est en nette progression ces derniers mois : 8 000 de plus rien qu’en 2007.

« Une dynamique forte »

C’est ce qu’ont pu constater les quelque 200 participants à la troisième journée nationale des gens du voyage qui s’est tenue récemment à Paris.

Ce colloque était organisé par Idéal connaissances, association regroupant des collectivités locales. Isabelle Mérand, élue communautaire de Nantes Métropole et présidente du comité de pilotage du « réseau gens du voyage » qui a animé les débats, s’est montrée plutôt optimiste sur ce dossier.

« Une dynamique forte s’est mise en place », assure-t-elle (lire ci-dessous). Peut-être touchera-t-elle un jour le Var...

Catherine Aubry

« La priorité : se mettre en conformité avec la loi »

Un entretien avec Isabelle Mérand
présidente du Comité de pilotage du réseau gens du voyage
  • Les problèmes que posent les gens du voyage, comme la cohabitation avec les populations locales, ne semblent pas s’améliorer. Qu’est-ce qui bloque ?

Dans le Var, il n’est recensé aucune aire de stationnement qui fonctionne. Les maires sont donc confrontés à des stationnements sauvages. La première des priorités : se mettre en conformité avec la loi. Outre Le Luc, des projets, de création avancés existent à Brignoles, Puget, La Farlède, Solliès-Pont, et sur les
communautés de communes de Draguignan et Toulon...

  • Vous avez expliqué que l’enjeu consiste aussi à développer une politique de l’habitat adaptée aux gens du voyage.

Il ne faut pas mélanger les besoins de populations nomades qui transitent dans le Var avec les populations sédentaires qui y séjournent. Ce sont deux besoins différents, d’où la nécessité d’aires d’accueil et de terrains familiaux. »

  • Quelles actions faut-il envisager ?

Le rapport du sénateur Hérisson, remis le 19 Juin, a estimé que les besoins s’élevaient à 41840 places au 31 décembre 2007.
Il préconise des actions permettant d’appréhender l’avenir avec pédagogie mais aussi avec fermeté. Il s’agit aussi de déterminer les politiques sociales adéquates, en lien étroit avec les conseils généraux.

  • Comment se compose la population des gens du voyage ?

Environ 3000 caravanes transitent chaque année dans le Var avec quelque 1500 familles d’origine tsigane qui y sont sédentaires. La communauté des gens
du voyage est composée de 300 000 Français depuis le XVIIe siècle. Un tiers est nomade, un tiers semi-sédentaires et un tiers sédentaire.

Propos recueillis par C.A.

La première aire varoise inaugurée au Luc

« Bien sûr, la loi ne s’appliquait qu’à la commune du Luc, obligée de créer cette structure d’accueil... » Claude Ponzo donne le ton à l’inauguration de la première aire varoise dédiée aux gens du voyage. Le Président de la communauté de communes Cœur du Var manie l’ironie à bon compte Car cette structure n’est en rien précurseur. Mais une simple mise en conformité avec la loi.

Le Var, peu zélé en la matière jusqu’à présent a fait un grand bond avant, grâce à l’intercommunalité, instigatrice du projet. Le schéma départemental adopté il y a cinq ans prévoyait déjà de régulariser la situation (lire ci-dessous). «  Neuf ans pour en arriver là », et Robert Alfonsi (PS) de féliciter les acteurs de cette réalisation, au nom de la Région.

Concrètement, le site du Luc offre désormais à la communauté nomade un lieu d’établissement temporaire. Il est pourvu de toutes les infrastructures nécessaires. Coût total : 1 200 000 €.

Camping cinq étoiles

Dix neufs emplacements (150 m² chacun) pour 38 occupants, blocs sanitaires individuels, équipements pour personnes à mobilité réduite, l’aire d’accueil s’inscrit dans l’air du temps. L’intégration paysagère doublée de la modernité, surtout pour assurer une gestion éclairée des ressources à disposition. Consommation d’eau et d’électricité sont ainsi relevées par compteurs individuels, aux tarifs en vigueur, comme pour tout foyer de particulier. Mais pas de quoi se sédentariser pour autant, puisque la durée maximale de séjour reste de deux mois. À raison de 3,50 € par jour et par emplacement. C’est l’Alotra, gestionnaire de ces aires en Paca, qui en assurera la délégation de service public, pour cinq ans.

Droits et devoirs

« Maintenant qu’ils sont dotés d’une structure aux normes, le stationnement sauvage sera proscrit. » Et les contrevenants verbalisés, voire expulsés rapidement avec le concours de la force publique » déclare la sous-préfète, Françoise Souliman.

Des droits dévolus aux gens du voyage avec leurs pendants de devoirs : « Il s’agira de respecter l’intégrité du lieu comme les diverse prescriptions... Et de vivre en bonne intelligence avec le voisinage. » D’autant qu’un lieu de culte musulman sera édifié à proximité.

Quoi qu’il en soit désormais, Le Luc et la communauté de communes n’auront plus rien à se reprocher : Si ce n’est peut-être, l’absence remarquée des principaux intéressés Les gens du voyage ne pourront s’établir qu’à compter du 12 janvier, date d’ouverture annoncée. Telle était officiellement la raison avancée...

Etienne Charles

Huit bassins d’habitat

L’accueil des gens du voyage c’est l’Arlésienne.
Tout comme la loi SRU (sur les 20 % de logement sociaux), celle dite de Besson peine à s’appliquer concrètement. Mais conformément à cette loi de juillet 2000, le Var s’est doté d’un schéma départemental. Adopté en avril 2003, il partage le territoire en huit bassins, en fonction des villes de plus de 5 000 habitants.
Le territoire du Coeur de Var est ainsi rattaché au bassin Draguignan Centre Var. Il implique Le Luc, Draguignan, Les Arcs, Lorgues et Vidauban.
« Une prérogative initialement municipale qui trouve ainsi tout son sens dans une réalisation intercommunale », selon Claude Ponzo.

Les sept autres bassins sont :

  • Brignoles/Saint-Maximin (inauguration de l’aire de 90 places début 2009)
  • Fréjus/Saint-Raphaël (60 places sur 2 aires)
  • Fayence/Est Var (20 places)
  • Golfe de Saint-Tropez (80 places sur 2 aires)
  • Toulon 1ère couronne (60 places sur 2 aires)
  • Toulon 2e couronne Est (60 places sur 3 aires, dont celle de La Farlède inaugurée au printemps)
  • Toulon 2e couronne Ouest (60 places sur 2 aires).

Notes

[2Voir la page de ce site consacrée à cette aire de grand passage : « on n’ira pas sur leur aire ; d’ailleurs on ne nous a jamais consultés à ce sujet ! ».


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