faudrait-il interdire “Le Malade imaginaire” pour atteinte à l’image des médecins ?


article communiqué de l’Observatoire de la liberté de création  de la rubrique libertés > liberté de création
date de publication : vendredi 19 novembre 2010
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Parce qu’elle présente un huissier bâillonné dans une baignoire, avec pour sous-titre « Cité Villon, on sait recevoir les huissiers… », l’affiche du long-métrage d’Angelo Cianci Dernier étage, gauche, gauche a été l’objet d’une action en justice de la part de la Chambre nationale des huissiers de justice qui réclame son retrait.

Après l’audience de mardi 16 novembre, le juge des référés du Tribunal de grande instance de Paris a débouté les huissiers de leur demande, jeudi 18 novembre.

[Mis en ligne le 18 novembre 2010, mis à jour le 19]



Communiqué de l’Observatoire de la liberté de création

Ces huissiers qui veulent censurer le cinéma

La Chambre nationale des Huissiers de Justice attaque en référé le distributeur et les producteurs du film Dernier Etage Gauche Gauche, de Angelo Cianci, et demande le retrait de l’affiche au motif qu’elle représente un huissier bâillonné dans une baignoire. Selon la Chambre nationale des Huissiers de Justice, cette représentation porterait atteinte à l’intégrité des huissiers.

En réclamant le retrait de l’affiche, la Chambre nationale des Huissiers de Justice cherche à entraver la diffusion du film et confond la représentation d’une situation imaginaire avec une attaque physique, amalgame un personnage fictif à une catégorie socio-professionnelle réelle et confond ainsi réalité et fiction.

Si l’on suivait ce raisonnement dangereux, il faudrait interdire Le Malade imaginaire, pour atteinte à l’image des médecins !

L’Observatoire de la liberté de création proteste contre cette procédure qui menace la liberté de création et exprime sa solidarité aux producteurs et au distributeur du film, ainsi qu’à son réalisateur.

Paris, le 16 novembre 2010

Dernière minute

Les huissiers déboutés de leur action contre une affiche de film

[AFP – 18.11.10 – 16h29] –
La Chambre nationale des huissiers de justice, qui estimait que l’affiche du film d’Angelo Cianci "Dernier étage, gauche, gauche" sorti mercredi au cinéma, portait atteinte à l’intégrité physique des huissiers, a été déboutée jeudi par un magistrat parisien.

La comédie met en scène un huissier, incarné par Hippolyte Girardot et pris en otage au septième étage d’une tour HLM d’une cité de banlieue. Sur le mode humoristique, l’affiche montre l’huissier bâillonné dans une baignoire, avec en sous-titre : "Cité Villon, on sait recevoir les huissiers..."

Pour les huissiers, cette mise en scène semble légitimer la façon dont il conviendrait de recevoir tout huissier de justice. Jugeant que cette affiche portait atteinte à l’intégrité physique des huissiers et constituait un "trouble manifestement illicite", elle a décidé d’assigner les producteurs et les distributeurs en justice.

Elle réclamait l’interdiction des 727 affiches placardées dans le métro, ainsi que l’insertion d’une mention dans le générique du film selon laquelle il n’existait dans l’affiche aucune incitation à la violence.

Mais entre-temps, la donne a changé, car la campagne publicitaire dans le métro n’était prévue que du 10 au 16 novembre. Les affiches ont donc été normalement retirées mardi soir, à la veille de la sortie du film dans les salles

Seule subsistait la demande concernant le générique. Jeudi, le tribunal de grande instance de Paris a considéré que le film se présentait "comme une comédie et non comme un drame". A ce titre, écrit-il dans son ordonnance, il n’existe pas de "trouble illicite à l’ordre public".

En début de semaine, la Chambre des huissiers avait expliqué qu’elle tenait avant tout à sensibiliser l’opinion sur l’augmentation des situations de violence auxquelles les huissiers de justice sont de plus en plus souvent confrontés.


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