dire non aux expulsions locatives


article de la rubrique droits sociaux > logement
date de publication : samedi 20 mars 2010
version imprimable : imprimer


Depuis le 15 mars 2010, avec la fin de la trêve hivernale, les expulsions locatives ont repris en France. L’année 2010 risque d’être catastrophique car elle survient dans un contexte de très forte crise économique et sociale dont les conséquences sont malheureusement prévisibles : 30 000 à 40 000 ménages vont être expulsés cette année, avec ou sans concours de la force publique.

Combien de drames humains, d’enfants placés, de familles séparées avant que des mesures efficaces de prévention et de soutien aux plus démunis ne soient prises ?

Dans l’agglomération toulonnaise, un réseau d’associations et de syndicats s’est constitué. Dans une lettre ouverte adressée au préfet, il demande un moratoire sur les expulsions locatives.


Lettre ouverte au préfet du Var

Fédération CNL du logement du Var
Le Prairial B3 - BP 436

Monsieur Le Préfet du Var,

En France, les expulsions sont en hausse constante depuis 10 ans, plongeant les familles dans la spirale de l’exclusion et l’insécurité.

Le 15 Mars marque d’une pierre noire, la date fatidique de la reprise des expulsions.
Combien de familles vont se retrouver jetées à la rue, souvent issues de milieux modestes, salariées, avec des enfants, de personnes âgées, de chômeurs, de titulaires de revenus de solidarités.
Premières victimes de la crise économique et sociale actuelle.
Tandis que le pouvoir d’achat est en berne, que les allocations logements sont en baisse, jamais la charge logement, loyers + charges, n’a été aussi élevée et grève redoutablement les budgets de ces ménages.

La crise sociale est là, c’est une réalité, les licenciements massifs et l’arrivée prochaine d’un million de chômeurs en fin de droit, jettent des centaines voire des milliers de personnes dans l’endettement et vont multiplier le nombre d’expulsions. Ce n’est pas par hasard si un Français sur deux craint la perte de son logement.
Le désespoir est tel que l’on a vu des locataires attenter à leur vie devant l’ignominie que représente l’expulsion.
L’offre de logements est en baisse alors que des milliers sont vacants, par la manipulation spéculative des puissants trusts immobiliers.
La chute du budget d’état octroyé au logement et l’application de la loi Boutin vont encore aggraver la situation. Réduction par trois des délais d’expulsions, accélération des procédures.

Comment croire aujourd’hui que de véritables solutions de relogement et non pas d’hébergement, seront trouvées pour toutes celles et ceux qui seront mis à la rue ?

Le droit au logement opposable ne peut permettre de reloger ces personnes en détresse.

L’expulsion est une injustice, indigne de notre République.
Le gouvernement maintient son cortège d’exclusions et refuse toujours d’appliquer la loi de réquisition, alors que le nombre de logements vacants est en hausse .

Actuellement des maires de communes prennent leurs responsabilités et commencent à appliquer et à rendre des arrêtés anti-expulsions.

Il y a urgence, nos élus ont le devoir de refuser les expulsions locatives, pour assurer la protection de leurs concitoyens contre l’insécurité sociale et l’exclusion.
Des choix politiques doivent être faits, pour stopper la spirale de la précarité, de la pauvreté de centaines de familles. L’expulsion met en danger la santé, l’éducation et la sécurité des enfants, et relève d’un total mépris de convention internationale des droits de l’enfant.

Considérant que ces mesures sont totalement inhumaines, que l’insécurité sociale peut toucher chacun, considérant que ces mesures sont prises à l’encontre des personnes, des familles, des enfants,
considérant que le droit au logement est un droit fondamental reconnu par les lois,
Nous vous demandons, Monsieur le Préfet, de présenter un projet de délibération pour engager votre institution dans une lutte contre l’exclusion du logement en déclarant :
le Département du VAR « zone hors expulsion locative dont aucune personne ou famille ne sera expulsée pour des raisons économiques ou à cause des effets de l’insécurité sociale ».

Votre prise de position sera un point d’appui pour faire du logement une grande cause départementale et apporter une première réponse politique à cette urgence humaine et sociale.

Une délégation unitaire CNL, CGT, CFDT, FSU, LDH, ATTAC, vous propose une rencontre le jeudi 25 mars à 10 heures.

Le 18 mars 2010.

Pour dire non aux expulsions locatives

par Thierry Turpin, La Marseillaise, 19 mars 2010


Associations et syndicats se mobilisent pour refuser que des locataires soient jetés à la porte de leur domicile. La trêve hivernale a en effet pris fin le 15 mars dernier.

Mercredi 17 mars, dans les locaux varois de la Confédération nationale du logement (CNL). Deux jours seulement après la fin de la trêve hivernale, signant pour des milliers de familles le retour de la hantise quotidienne – celle d’entendre frapper l’huissier à la porte –, associations et syndicats se retrouvent pour créer un réseau de résistance et de solidarité. Les représentants des sections de Toulon et de La Seyne de la Ligue des droits de l’Homme (LDH), des unions départementales CGT, CFDT et FSU, d’Attac Var et bien entendu de la CNL83 et Paca se sont réunis cet après-midi pour entériner cette constitution et élaborer la stratégie pour les actions à venir.

L’objectif est multiple. Il s’agit avant tout de tirer la sonnette d’alarme, d’alerter une fois de plus les élus sur la pénurie de logement préoccupante dans notre département. En particulier celle concernant le logement social : elle affecte de plus en plus durement la population, à commencer par les revenus les plus faibles, bien entendu.

Le réseau exige entre autres un moratoire sur les expulsions locatives. Une lettre ouverte demandant audience au préfet du Var pour le 25 mars au matin est en cours de rédaction (nous la publierons lors d’une toute prochaine édition).

Chaîne de solidarité

Afin de rompre l’isolement des personnes menacées, il apparaît également urgent pour les représentants du monde associatif et syndical regroupés pour l’occasion de susciter la création de chaînes de solidarité réunissant amis, voisins, parents d’élèves, collègues... Toutes ces personnes étant également appelées à s’unir et se mobiliser pour demander l’abandon de la procédure ou le relogement. Ou, le cas échéant, à s’opposer physiquement si nécessaire à l’application de ces décisions de justice jugées indignes.

Des affiches de sensibilisation vont être apposées tout prochainement dans les halls d’immeuble. Donnant ainsi la possibilité d’alerter l’ensemble du réseau. L’unique numéro de téléphone – 04 94 94 04 09 –
mentionné sur cette affiche permettra la mobilisation rapide de toutes les associations et syndicats qui le composent.

« Les locataires ont à la fois à faire face à une crise économique qui s’ajoute à la crise du logement », commence Jean-Louis Horon pour l’UDT CGT. En rappelant que le fait de « maintenir une zone d’expulsion dans cette période de crise a de très graves conséquences en termes humains... Dans le Var 160 000 personnes vivent en- dessous du seuil de pauvreté ».

« Il faut savoir que dans ce pays, on ne finance plus le logement social. L’aide est aujourd’hui de seulement 1000 euros par appartement », s’indigne Hervé Cortillet, président de la CNL Paca. « Les sources de financement se tarissent, avec un livret A dilapidé... Aujourd’hui ce sont les locataires eux-mêmes qui vont devoir,contribuer à la construction », ajoute-t-il. Une part toujours plus grande d’autofinancement étant exigée aux bailleurs sociaux.

« Les bailleurs attendent que la dette soit trop importante pour réagir. Nous, on demande à être prévenus bien en amont, dès qu’il y a deux impayés... Sans quoi, cela devient difficilement gérable. Les familles sont expulsées, les parents logés à l’hôtel (ce qui coûte à la collectivité 1500 euros par mois) et les enfants placés à la Ddass », reprend-il en soulignant l’aberration de telles mesures.

« On ne vaut pas que le logement se transforme en marchandise », s’inquiète une responsable d’Attac.

Pas de fatalité

Chacun des intervenants rappelant tour à tour que tout cela n’est en rien une fatalité mais bien le résultat d’une politique menée sciemment et en toute connaissance de cause. D’un côté, la pénurie de logements et dope leur cherté qui réduit du coup le pouvoir d’achat des ménages. D’un autre, l’insuffisante offre de logements à loyer abordable qui entraîne un développement de l’habitat précaire, « des marchands de sommeil s’enrichissent, la crise du logement s’étend ». Un cercle parfaitement vicieux !

Attention, rappelle cependant Hervé Cortillet : « Les gens – certains, du moins – n’ont plus rien à perdre !  » Mettant en garde les pouvoirs publics sur les risques de dérapages dramatiques qui sont hélas à prévoir si aucun moratoire n’est mis en place. Citant le drame survenu en juin 2008 à Port-de-Bouc : ce jour-là une mère de famille se défenestre sous les yeux de ses enfants, âgés de 4 ans et 18 mois, à l’arrivée de l’huissier.


Suivre la vie du site  RSS 2.0 | le site national de la LDH | SPIP