“désobéir pour sauver” : une exposition qui honore les “justes” de la police et de la gendarmerie


article de la rubrique démocratie > les baïonnettes intelligentes
date de publication : jeudi 7 janvier 2010
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La France compte, après la Pologne et les Pays-Bas, le plus grand nombre de “Justes”.
Un peu plus de 3 000 hommes et femmes ont été nommés “Justes de France” pour avoir, durant l’Occupation, aidé des juifs à se cacher afin d’empêcher leur déportation vers les camps de la mort, et contribué ainsi à sauver les trois quarts des 330 000 juifs de France.

Parmi eux, 54 policiers et gendarmes, qui ont obéi à leur conscience et désobéi à l’Etat français de Vichy, seront honorés en 2010 dans une exposition itinérante intitulée “Désobéir pour sauver”. L’exposition organisée par l’Office national des anciens combattants et des victimes de guerre a été présentée à la presse le 14 décembre 2009 en l’Hôtel des Invalides à Paris. Editée à 160 exemplaires, elle tournera dans tous les départements afin d’être présentée dans les écoles et les mairies, les écoles de police et de gendarmerie [1].

Une exposition qui offre l’occasion de comprendre que la désobéissance aux ordres se justifie quand elle répond à une exigence supérieure, celle de l’humanité.


Voir en ligne : l’histoire des sept policiers nancéiens

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Le gardien de la paix Théophile Larue (Arch. fam. J-Y Gouël)

Théophile Larue, Juste de France

« Toute sa vie notre père, notre grand-père, a œuvré, et s’est investi pour défendre, et venir en aide à des gens faibles et en difficulté.

« Je rappellerai ici quelques exemples de sa bravoure à la sombre époque de l’occupation alors qu’il était un simple et courageux Gardien de la Paix : il prévenait au hasard dans la rue ou le métro des familles juives des opérations de rafles, il accompagnait en uniforme des petits groupe de personnes d’origine juive dans les gares pour prendre le train, les faire fuir parfois au nez et à la barbe des soldats allemands qui étaient heureusement respectueux de sa tenue de Policier.

« Un jour de novembre 1941, rentrant de service, il apprend l’arrestation de Mme Tobjasz suite à un contrôle d’identité simplement et pour ne pas avoir porté l’étoile jaune apparente.
Il se rend alors immédiatement au dépôt en tenue de Policier à ses risques et périls pour la faire sortir. Il menace verbalement le fonctionnaire en charge du dépôt, tempête, soutient avec l’aplomb dont il était capable que cette personne est la marraine de baptême de sa propre fille ! et finalement la fait libérer. »

Alain Larue [2]


Ce gardien de la paix s’est vu refuser toute décoration après la Libération car... « ce n’était pas résister que de sauver des persécutés raciaux » !

Inauguration de l’exposition « Désobéir pour sauver »  [3]

C’est aux côtés de Daniel Shek, Ambassadeur d’Israël, et du Général Bruno Dary, Gouverneur militaire de Paris, qu’Hubert Falco, Secrétaire d’Etat à la Défense et aux Anciens Combattants a inauguré, lundi 14 décembre 2009 à Paris, l’exposition « Désobéir pour sauver, des Policiers et des Gendarmes Français Justes parmi les Nations ».

Cette exposition réalisée par l’ONACVG, la DMPA, l’association des anciens combattants de la police nationale, Yad Vashem France, Yad Vashem Jérusalem, le Service historique de la police nationale et le département gendarmerie du SHD rend hommage aux policiers et gendarmes qui ont bravé leur hiérarchie pour sauver des Juifs de la déportation.

Hubert Falco a rendu hommage aux 54 policiers et gendarmes qui ont reçu le titre de « Justes parmi les nations », mais aussi à tous les autres, anonymes, qui, discrètement, la veille des rafles, prévenaient les familles juives de la proche arrestation, leur faisaient des faux papiers ou les aidaient à franchir la ligne de démarcation.

C’est avec beaucoup d’émotion que le Secrétaire d’Etat a évoqué ces « héros de la dignité humaine » que Simone Veil compare à « des lumières dans la nuit de la Shoah ».

Dès le mois de janvier 2010, cette exposition sera visible dans tous les départements.

Elle offrira l’occasion de comprendre que la désobéissance aux ordres se justifie quand elle répond à une exigence supérieure, celle de l’humanité.

Extrait du discours d’Hubert Falco [4]

« ces Justes parmi les Nations, ces policiers et ces gendarmes dont nous honorons la mémoire aujourd’hui, ces hommes qui ont agi dans l’ombre, nous redonnent espoir et confiance en l’humanité.

« Ils n’ont pas obéi aux ordres. Ils n’ont pas obéi à leur hiérarchie. Ils n’ont pas obéi aux lois iniques de l’État français.
Ils ont obéi à leur conscience. Ils ont obéi à ce qu’ils pensaient être juste.

« Ils ne l’ont pas fait au nom de grands principes ou en prononçant de grands discours. Ils l’ont fait simplement, naturellement, avec la seule intuition de ce qui est bien et de ce qui est mal. »

Boris Cyrulnik témoigne [1]

« A l’âge de six ans et demi, j’ai été arrêté à Bordeaux, la nuit, chez la famille Farges qui me cachait. J’ai le souvenir de quatre ou cinq policiers, autour de mon lit, lunettes noires (la nuit), arme au poing et torche électrique. Dans le couloir des soldats allemands, fusil à l’épaule regardaient le plafond. Mon souvenir est ainsi.

« Madame Farges a dit : “On ne lui dira pas qu’il est juif”. Un policier a répondu : “Il faut larrêter parce que, plus tard, il commettra des crimes et deviendra un ennemi d’Hitler”.
C’est ainsi qu’à l’âge de six ans j’ai appris que j’étais condamné à mort pour un crime que j’allais commettre.

« Après mon évasion, au moment du transfert vers les trains qui emportaient les adultes et d’autres enfants à Drancy, relais vers Auschwitz, toute une chaîne de solidarité m’a protégé jusqu’à la Libération.

« Récemment, j’ai découvert qu’une des premières personnes à participer à cette chaîne était un gardien de la paix (...). Il a gardé chez lui un enfant qu’il ne connaissait pas et dont la simple présence compromettait sa carrière et peut-être même sa vie (...). D’autres policiers ont sauté sur leur vélo ou couru pour prévenir de l’heure de la rafle. Puis ils rentraient mettre leur uniforme et obéir : “Ça alors, l’appartement était vide !”
Parfois, c’est l’humanité d’un gardien qui s’exprimait plus fort que sa contrainte à obéir (...).

« Par bonheur, il y aura toujours des Justes pour prouver la banalité du Bien. »

Notes

[1Le dossier de presse de l’exposition : http://blogyadvashemfr.blogspot.com....

[2Extrait du discours prononcé par Alain Larue, le 2 juin 2008, à la mairie du 3e arrondissement de Paris, lors de l’hommage rendu à ses parents Théophile et Madeleine Larue, reconnus Justes de France.
Source : http://blogyadvashemfr.blogspot.com...
et
http://blogyadvashemfr.blogspot.com...

[4Extrait du discours prononcé par le secrétaire d’État aux anciens combattants lors de l’inauguration de l’exposition “Désobéir pour sauver” :http://www.defense.gouv.fr/sedac/pr....


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