censure grotesque à Moustiers


article communiqué de l’Observatoire de la liberté de création  de la rubrique libertés > liberté de création
date de publication : mercredi 16 juillet 2014
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Après Aubagne, c’est à Moustiers-Sainte-Marie (Alpes de Haute Provence) que les grands ciseaux d’Anastasie ont à nouveau sévi. Le musée de la faïence avait commandé une grande fresque à un artiste céramiste, Jérôme Galvin. Estimant que la nudité de certains personnages pouvait être « choquante pour les enfants et les personnes âgées », la nouvelle maire, classée divers droite, a demandé dans un premier temps à l’artiste de couvrir les sexes masculins que l’on ne saurait voir d’une feuille de vigne. Sans doute insatisfaite du résultat, elle s’est résolue à masquer la fresque dans sa totalité au moyen d’un panneau de contreplaqué.

Un exemple caractérisé de censure contre lequel l’Observatoire de la liberté de création proteste avec une grande fermeté.


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L’artiste mesure ses personnages pour y poser des feuilles de vigne. (Photo DR )

Communiqué de l’Observatoire de la liberté de création

L’Observatoire de la liberté de création dénonce
la censure à Moustiers

L’Observatoire de la liberté de création dénonce, avec la plus grande fermeté, l’acte de censure qui a été perpétré par la mairie de Moustiers-Sainte-Marie à l’encontre de l’artiste Jérôme Galvin, natif de Moustiers-Sainte-Marie.

Invité à produire une œuvre dans le cadre du musée de la faïence de la ville, qui conserve une importante collection de grotesques classiques, Jérôme Galvin s’est inspiré de ceux-ci pour réaliser une fresque dans laquelle il a introduit des grotesques contemporains, projet suivi et approuvé par Nadine Gomez, conservatrice du musée. Or, la veille du vernissage, jeudi 26 juin, l’artiste et la conservatrice ont découvert que l’œuvre avait été murée, une société extérieure ayant été mandatée par madame Patricia Brun, maire élue aux dernières élections municipales, pour recouvrir la création de panneaux de contreplaqués.

L’œuvre de Jérôme Galvin ne présente aucune « obscénité » et s’appuie sur une tradition décorative qui n’a jamais choqué personne. La censure de la mairie est un acte absurde qui porte atteinte à la création d’un jeune artiste et à la programmation d’une conservatrice des musées de France expérimentée. Qui plus est, la fresque de Jérôme Galvin s’inscrit dans la nouvelle scénographie du designer Vincent Dupont-Rougier, qui se trouve, elle aussi, dénaturée par ce mur de bois… grotesque !

Murer une œuvre est un acte grave. Madame le maire et ses conseillers, en s’en prenant à cette œuvre alors que des représentations de même nature sont partout accessibles, et tout à fait recevables par des publics mineurs, cherchent à stigmatiser les artistes et tous ceux qui, dans une société libre et démocratique, ne sauraient accepter l’arbitraire d’un quelconque « ordre moral ». Dans une société démocratique, c’est au public de juger l’œuvre.

Enfin, l’Observatoire de la liberté de création dénonce les paroles irresponsables de madame Patricia Brun, déclarant au journal La Provence (édition du 3 juillet 2014) : « Cette œuvre, je l’ai payée, elle m’appartient. » L’auteur a sur son œuvre des droits qui n’appartiennent qu’à lui, et notamment le droit de la divulguer. La collectivité qui a financé l’acquisition ou la production de l’œuvre doit respecter la loi.

Cet acte de censure s’accompagne de pressions de la part de la municipalité sur le personnel en charge de ce musée. Ces comportements doivent cesser.

L’Observatoire de la liberté de création exige que l’œuvre de Jérôme Galvin soit rendue immédiatement à la libre appréciation de tous et qu’une situation apaisée soit de retour dans le musée de la faïence de Moustiers-Sainte-Marie.

Paris, le 15 juillet 2014

La maire de Moustiers-Sainte-Marie censure une fresque
du musée de la Faïence

par Olivia Malongo, France 3, le 30 juin 2014


Ce sont les six hommes nus de la fresque qui ont choqué Madame le maire. L’artiste a accepté de recouvrir le sexe de ses personnages de feuilles de vignes. Rien n’y a fait. Son tableau a été recouvert d’une plaque de contreplaqué avant l’inauguration du nouveau musée de la faïence.

Il y a 6 mois, la ville de Moustiers-Sainte-Marie, cité de la faïence, commande une fresque à l’artiste céramiste Jérôme Galvin. Une oeuvre qui doit couvrir un mur du musée de la faïence , crée en 1929. L’artiste termine son oeuvre. Il réalise une fresque de 5 mètres de long, une faïence de style grotesque.

Des feuilles de vigne sur les sexes

En la voyant, Patricia Brun, maire divers droite élue en mars dernier, estime que certains personnages nus peuvent être "choquants pour les enfants et les personnes âgées". Jérôme Galvin propose de couvrir le sexe des six personnages incriminés par des feuilles de vigne. La mairie accepte cet arrangement. Modification qui sera faite le 20 juin.


Reportage de Véronique Bouvier et Léo Centofanti


La fresque recouverte avant le vernissage

Le vernissage du musée de la faïence rénové doit avoir lieu le 27 juin. La veille, le personnel du musée découvre que des panneaux de bois ont été installés pour recouvrir entièrement la fresque de Jérôme Galvin. L’artiste indique qu’il n’a pas été prévenu par la mairie. Patricia Brun, la maire, ne regrette pas d’avoir caché l’oeuvre qu’elle juge obscène.


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