censure courtisane dans une entreprise publique


article communiqué de la LDH  de la rubrique libertés > censure
date de publication : mardi 26 février 2008
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Nouvelle atteinte à la liberté de l’information : une affiche de Courrier international sur M. Sarkozy est refusée par Metrobus


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La seconde verson de l’affiche refusée (partiel).

COMMUNIQUÉ LDH

Censure courtisane dans une entreprise publique

La LDH dénonce la censure révérencielle dont le magazine « Courrier international » vient de faire les frais. Métrobus, régie publicitaire de la RATP, s’est en effet prévalu de sa « mission de service public » pour refuser la couverture de ce magazine qui ne faisait que rapporter une forte critique du comportement du Président de la République par la presse étrangère. En refusant l’affiche proposée qui reproduisait la une du numéro de l’hebdomadaire publié jeudi sur laquelle on pouvait lire parmi d’autres bandeaux : « Vu de Madrid : Sarkozy, ce grand malade », et les contre-propositions du directeur du magazine, Métrobus n’a pas respecté le principe de neutralité derrière lequel il croit pouvoir s’abriter, mais a délibérément violé la liberté de l’information et protégé l’image du chef de l’Etat en refusant que les critiques de la presse étrangère soient affichées dans le métro et sur les bus.

La LDH s’interroge sur cette prétendue neutralité fort sélective, et sur le rapport entre une régie commerciale toujours ouverte au plus offrant et les obligations de service public derrière lesquelles Métrobus se réfugie abusivement. En refusant l’affiche de « Courrier international », la régie publicitaire de la RATP se comporte comme une instance subordonnée qui se porte au secours de son maître.

La LDH rappelle qu’en République un excès de critiques est toujours préférable à une censure.

Paris, le 25 février 2008

Une affiche de "Courrier international" sur M. Sarkozy refusée par Metrobus

par Laurence Girard et Pascale Santi, Le Monde du 23 février 2008

Métrobus, la régie publicitaire de la RATP, a refusé une affiche de l’hebdomadaire Courrier international (groupe Le Monde). Ce n’est pas la "une" de Courrier International du numéro en date du jeudi 21 février, "Génération Obama", qui a heurté la RATP, mais le titre du haut : "Vu de Madrid, Sarkozy, ce grand malade." Dans un souci de compromis, "j’ai proposé de changer le titre en "Sarkozy, ce malade de l’ego", puis il y a eu des discussions", explique Philippe Thureau-Dangin, directeur de la rédaction de Courrier international.

Mais les deux parties ne sont pas parvenues à un accord. Pour justifier cette décision, Gérard Unger, PDG de Métrobus, se retranche derrière les règles qu’il dit fixées par la RATP et sa régie publicitaire : "Pas de polémique sur les murs du métro." Il ajoute : "On peut afficher des sujets politiques avec des opinions quand cela ne suscite pas la controverse. Mais traiter le président de la République de "grand malade", cela dépasse ce que l’on peut afficher dans le métro sans risque de polémique."

M. Thureau-Dangin considère que cette décision "est une forme de censure sous couvert de "politiquement correct"". Il ajoute : "Je comprends la réglementation spécifique à l’espace public, mais il ne s’agit pas dans ce cas-là d’une affiche politique mais d’un article sur un sujet politique."

Ce n’est pas la première fois que Métrobus refuse des campagnes de journaux. La régie de la RATP avait même retiré des affiches de L’Express dont la "une" portait le titre : "Tiberi doit partir", en octobre 1999. Il y a plus longtemps, en 1987, une couverture de L’Evénement du Jeudi titrée "Hersant est-il un agent communiste ?" avait été refusée.

Un des visuels de la campagne de Télérama, inspiré des courriers de lecteurs, avait lui aussi été rejeté par Métrobus en septembre 2006. Il égratignait Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’intérieur : "Dimanche 15 janvier, "Vivement dimanche" : Nicolas Sarkozy devrait faire attention. C’est déjà la troisième fois qu’il invite Michel Drucker dans son émission."

La "une" de Courrier international de jeudi renvoie à un article de Luis Bassets, directeur adjoint de la rédaction d’El Pais, décrivant un président français qui "se vautre dans l’exhibitionnisme", atteint d’une "incurable hypertrophie de l’ego".

Laurence Girard et Pascale Santi

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