censure à Aubagne, au nom de la protection de la jeunesse


article communiqué de l’Observatoire de la liberté de création  de la rubrique libertés > censure
date de publication : mercredi 18 juin 2014
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Aubagne (Bouches du Rhône) n’accueillera pas la 13e édition du Festival international d’Art singulier. La municipalité refuse d’exposer les œuvres jugées pornographiques de deux artistes : L’Amour de Marie Morel et la Machine à accoucher, un automate de Serge Demin — présenté dans une vidéo. En signe de protestation, la compagnie d’Art singulier en Méditerranée, organisatrice de l’événement, a décidé de l’ajourner.

Après avoir été gérée pendant des décennies par des maires communistes, la ville d’Aubagne est, depuis les dernières élections municipales, aux mains de l’UMP. Le nouveau maire justifie sa décision avec les arguments habituels — pornographie, image de la femme, protection de la jeunesse — qui ne sont que prétexte.

L’Observatoire de la liberté de création de la LDH a publié un communiqué de protestation repris ci-dessous.


Communiqué de l’Observatoire de la liberté de création

L’Observatoire de la liberté de création s’oppose à la censure à Aubagne

Aubagne (Bouches-du-Rhône) n’accueillera pas la 13e édition du Festival international d’Art singulier qui devait présenter les œuvres d’une cinquantaine d’artistes. La municipalité UMP refuse d’exposer deux d’entre elles, L’Amour, de Marie Morel, et La Machine à accoucher, de Demin, qu’elle qualifie de « pornographiques ». Ces œuvres ont déjà été présentées dans des expositions publiques en France et à l’étranger. En signe de protestation, la compagnie d’Art singulier en Méditerranée, organisatrice de l’événement, a décidé de l’ajourner.

L’Observatoire de la liberté de création demande à la mairie d’Aubagne de revenir sur sa décision et de laisser les visiteurs de ce festival apprécier par eux-mêmes les choix de ses organisateurs.

Paris, le 18 juin 2014

Aubagne : une décision singulière et polémique

par Florent De Corbier, La Marseillaise, le 18 juin 2014


Suite à la volonté municipale de censurer deux artistes, le Festival d’arts singuliers passe à la trappe.

Jusque-là, en matière culturelle, Aubagne était citée en exemple de qualité. Le succès de MP 2013, l’an passé, sur tout le territoire en est la preuve, avec notamment l’exposition Picasso, créée ici et reconnue internationalement.

Mais ces jours-ci, la ville est sous les feux de la rampe médiatique pour une raison dont elle se serait bien passée : l’annulation du 13e festival international des arts singuliers, qui aurait du se tenir à partir du 26 juillet au Bras d’or et aux Pénitents noirs.

La cause ? « L’attitude indigne et inacceptable de la nouvelle municipalité [UMP] d’Aubagne qui a décidé d’intervenir brutalement dans la programmation du festival en censurant deux artistes », s’indigne la compagnie des arts singuliers, organisatrice de la manifestation. Face à cette ingérence et ces atteintes graves à la liberté d’expression et de création, nous refusons de courber le dos et de remplacer les artistes exclus. » Dans le viseur de la nouvelle majorité, les œuvres des artistes en question, la peintre Marie Morel (« L’amour »), et le plasticien Demin (« Machine à accoucher »), jugées « pornographiques ». « Navré d’une décision brutale et radicale », le cabinet du maire estime « avoir pris ses responsabilités avec des oeuvres qui peuvent heurter certaines sensibilités ». En clair, les deux œuvres sont trop choquantes pour être exposées dans un lieu public, à la vue de tous, notamment des plus jeunes.

Un argument balayé par la commissaire de l’exposition : « Il a toujours été acquis avec l’ancienne municipalité qui avait adhéré au projet avec enthousiasme, et avec la nouvelle équipe municipale, que les œuvres de Marie Morel seraient présentées derrière écrans ou paravents avec un avertissement au public, et des explications pour l’œuvre de Demin », fait valoir Michèle Guérin. Ce que dément la mairie... « C’est d’autant plus aberrant que mes œuvres ont été déjà montrées au grand public, notamment lors du Salon d’art contemporain au parc Chanot », déplore Demin qui admet le caractère « choquant » de son travail mais réfute toute pornographie. « Personne n’a été outré jusque-là, j’ai même exposé en Tunisie lors du Forum social mondial. On frôle l’absurdité car mon travail dénonce les souffrances dans le monde », développe l’artiste installé en Ardèche. Les organisateurs se veulent rassurants et « travaillent déjà pour rebondir en toute indépendance et liberté. Le festival est né il y a 25 ans à Roquevaire, il continuera à vivre, soyez en certains ». Il pourrait avoir lieu « soit à l’automne soit à l’été 2015 sur une ou plusieurs communes de l’Agglo ». Dans son programme électoral, le nouveau maire, Gérard Gazay, souhaitait « une politique culturelle rayonnante ouverte à tous », voyant la culture « comme un supplément d’âme, ce qui élève rend plus beau, plus fort et plus sage ». Une étrange illustration nous en est donnée...

Florent de Corbier



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