après les violences de Poitiers : l’exploitation sécuritaire


article de la rubrique justice - police > le tout-sécuritaire
date de publication : vendredi 16 octobre 2009
version imprimable : imprimer


Le Syndicat de la Magistrature et le Syndicat des avocats de France réagissent dans un communiqué commun au traitement judiciaire des violences qui se sont déroulées à Poitiers le samedi 10 octobre 2009 [1].

Le ministre de l’Intérieur, Brice Hortefeux, souhaitant « une identification très précise du ou des groupuscule(s) qui organise(nt) ces incidents » [2], a annoncé « la création d’un nouveau fichier sur les mouvances extrémistes » [3]. Rien de nouveau en réalité : c’est une des seize mesures policières et judiciaires annoncées par Nicolas Sarkozy, le 18 mars 2009 au commissariat de Gagny, pour combattre le phénomène des bandes violentes – ce fichier avait d’ailleurs été déjà évoqué le 29 juin 2008 par Rachida Dati qui l’avait étendu aux bandes... de militants politiques ou syndicaux et à certains mineurs [4].

Selon France Info, le ministre préparerait deux nouveaux fichiers, dont une version d’Edvige « édulcorée » [5]. D’après la radio, la mesure « pourrait entrer en vigueur par décret » – ce qui éviterait tout débat au Parlement –, le ministère n’attendant « plus que le feu vert du Conseil d’Etat » [6].

Alex Türk, président de la CNIL voit là le parfait exemple du « mythe du fichier qui va régler tous les problèmes » [3].

Cette multiplication des fichiers de police n’est pas sans conséquence pour l’ensemble des citoyens. Par exemple, dans le domaine du travail, environ un million d’emplois en France ne peuvent être occupés par des personnes fichées au Stic ; or ce fichier n’est pas tenu à jour – des personnes, mises hors de cause ou acquittées, continuent à y être fichées à tort. D’autre part des actions militantes peuvent conduire à un fichage disproportionné ; par exemple, des militants anti-OGM, syndicaux ou encore soutenant des sans-papiers risquent de subir un prélèvement ADN en vue de leur fichage au Fnaeg pour des « délits » liés à ces actions.


Communiqué de presse du SM et du SAF

Le 16 octobre 2009

Evénements de Poitiers : une justice sous pression sécuritaire ?

Samedi 10 octobre, le centre ville de Poitiers a été l’objet d’importantes dégradations à la suite d’une manifestation organisée de longue date par un « collectif anticarcéral ».

Sans doute pour faire oublier les carences manifestes du dispositif d’encadrement prévu par la préfecture de la Vienne, le ministre de l’Intérieur s’est empressé de suggérer à la justice de sanctionner « durement » les auteurs de ces dégradations.

Manifestement, le message a été parfaitement entendu par le parquet de Poitiers qui a immédiatement déféré en comparution immédiate les quelques manifestants interpellés. Le choix de cette option procédurale – singulièrement expéditive mais particulièrement adaptée pour surfer sur l’émotion – caractérise la soumission de plus en plus fréquente des autorités de poursuites aux injonctions de l’exécutif.

Comment comprendre autrement l’utilisation de cette procédure d’urgence alors qu’une information judiciaire a été simultanément ouverte du chef de participation à un attroupement armé ? De même, comment interpréter différemment l’appel interjeté par le procureur de la République de Poitiers des condamnations déjà très sévères prononcées par le tribunal correctionnel ?

Au surplus, le parquet a fait le choix de poursuivre séparément chacune des personnes interpellées dans l’intention manifeste de briser toute tentative de défense collective lors d’une audience qui a duré de 16 h à 2 h du matin, de manière à empêcher l’exercice d’une justice sereine et le déroulement équitable du procès.

Mais, au-delà de ce nouvel épisode d’instrumentalisation de la justice, cette affaire pose également la question de la surenchère sécuritaire. Fidèle à ce nouvel usage qui consiste à durcir la législation pénale au moindre fait divers, Brice Hortefeux a annoncé rien moins que la dissolution de « groupuscules » « d’ultra gauche », la réactivation du projet de loi sur les bandes, la réécriture du fichier EDVIGE et la généralisation de la vidéosurveillance.

Le Syndicat de la magistrature et le syndicat des avocats de France dénoncent avec force cette exploitation idéologique des faits divers et son corollaire insupportable : la mise au pas de l’institution judiciaire.

Contacts : SM : 0148054788 SAF : 0142820126

Hortefeux veut dissoudre les groupes violents

En visite à Poitiers, le ministre de l’Intérieur a affiché hier sa volonté de dissoudre les groupuscules violents.

La Nouvelle République, mardi 13 octobre 2009


Après « l’émeute » de samedi et les questions qu’elle suscite, le ministre de l’Intérieur, Brice Hortefeux, s’est rendu hier en début d’après-midi à Poitiers. Accueilli au commissariat de police par le directeur départemental de la sécurité publique, le ministre a pu échanger pendant plusieurs minutes, à l’écart de la presse, avec quelques-uns des policiers intervenus samedi dernier. Dans le garage attenant à l’hôtel de police ont été stockés tous les objets ramassés après les violences. Masques blancs, masques à gaz, feux d’artifice, solides bambous taillés en pointe « destinés à blesser », fusées marines, mortiers, marteaux et massettes ont été abandonnés sur place. « Du matériel coûteux, s’exclame le ministre, ceux qui les utilisent ont des moyens financiers. » Pressé de questions face à une forêt de micros et de caméras, Brice Hortefeux fait d’abord part de sa solidarité à l’égard des victimes (deux blessés légers) et livre sa version des faits…

“Lutter contre les bandes”

Que s’est-il passé cet après-midi-là ? Le ministre sait : « La réalité est connue. Une trentaine de militants de l’ultra gauche ont tenté d’empêcher le transfert des détenus à la prison de Vivonne. Ils ont échoué dans cette tentative. Sentant qu’ils ne pourraient pas atteindre cet objectif, ils ont été rejoints par d’autres personnes venues pour saccager. La police a bien réagi, avec efficacité. Des personnes ont été interpellées, d’autres sont jugées. J’espère que la justice les sanctionnera durement. »

Voilà pour l’analyse. Pour le reste, Brice Hortefeux annonce quelques mesures. Il demande ainsi au préfet de « recenser les squats qui sont susceptibles d’accueillir ces militants d’ultra gauche », rappelle qu’un texte de loi sur les bandes est en cours de discussion au Parlement pour permettre d’anticiper et de prévoir ce genre de violences. Il convoque enfin une vieille loi de 1936 (lire ci-contre) permettant la dissolution de certains groupuscules…

Accompagné du maire Alain Claeys et de plusieurs responsables de la majorité départementale, le ministre est ensuite allé à la rencontre des commerçants touchés par les dégradations. Tous lui ont décrit la « rapidité » avec laquelle les casseurs sont intervenus. A peine une heure après son arrivée, toujours entouré d’un très imposant service de sécurité, Brice Hortefeux s’est alors engouffré dans une limousine noire stationnée devant l’église Notre-Dame. « On n’en fait pas un peu trop ? », lance alors, goguenard, un jeune Poitevin.

La chasse aux radicaux est ouverte

Hortefeux promet un "travail" pour identifier les personnes liées aux mouvances extrémistes. Un fichier pourrait voir le jour.

par Adrien Cadorel, Metrofrance.com, le 14 octobre 2009


"On ne s’attendait pas à cela. Ça a été un déferlement aussi soudain, qu’organisé et brutal. Avec le recul, beaucoup se demandent toujours comment un tel mouvement n’a pas pu être anticipé. Une chance qu’il n’y ait pas eu de victime". Comme pour ce policier soucieux de garder l’anonymat, les événements qui se sont déroulés à Poitiers le week-end dernier, sont encore dans tous les esprits. Une question brûle les lèvres de beaucoup. Etait-ce évitable ?

"Ces manifestants radicaux ne sont pas gentiment rangés derrière une seule et même bannière", expliquait ce mercredi un magistrat, "ce qui rend complexe leur identification, et l’anticipation de leurs actions". Car selon la Place Beauvau, 60% des personnes interpellés à Poitiers étaient "inconnues des services de Police". Pourtant, l’identification des membres des mouvances extrémistes et devenu l’une des priorités du Ministre de l’intérieur.

Mardi, Brice Hortefeux expliquait sur France-Info qu’un "travail était engagé", visant à rassembler, sur une seule et même base de données, des informations sur des personnes appartenant à des mouvances radicales.

Une information confirmée ce mercredi par le Ministère de l’intérieur, qui expliquait "qu’une concertation était en cours avec les associations dont la CNIL, afin de mettre en place une base de donnée fiable et soucieuse des libertés publiques".
"On ne peut pas reprocher aux policiers de mal faire leur travail, s’ils ne disposent pas d’outils adaptés à cette forme de délinquance", ajoutait-on. Un dispositif qui visera à recenser les radicaux "quelles que soient les mouvances radicales. Il ne s’agit pas de criminaliser les idées, mais de surveiller des comportements qui ne seraient pas soucieux de la loi et de la démocratie".

Notes

[1Concernant le cadre de ces violences, voir le site du Collectif contre la prison de Vivonne.

On trouvera des informations complémentaires dans le blog bugbrother.

[2Voir sur le site du ministère de l’Intérieur : http://www.interieur.gouv.fr/sectio....

[3« Faut-il avoir peur des fichiers de la police ? » par Jean Duplessy, Ouest France, jeudi 15 octobre 2009.

[4Voir cette page.

[5Edvirsp (pour “Exploitation documentaire et de la valorisation de l’information relative à la sécurité publique“) – voir cette page.

[6« Après Poitiers, le renforcement des fichiers de police en question », par Elodie Gueguen, France Info - 13 octobre 2009.


Suivre la vie du site  RSS 2.0 | le site national de la LDH | SPIP