affaire Mendy : près de trois ans après le drame, la famille continue à demander la vérité


article de la rubrique justice - police > violences policières
date de publication : mercredi 17 février 2010
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Le 3 mai 2007, un jeune entraineur sportif, Louis Mendy, était mortellement blessé par un policier. Deux ans et demi plus tard, le 15 décembre 2009, la justice prononçait un non-lieu. Ne comprenant pas que cette affaire ait été classée alors que des zones d’ombre demeurent dans le dossier, la famille de Louis Mendy a fait appel. Le tribunal d’Aix-en-Provence, qui a examiné l’affaire le 2 février, rendra sa décision le 17 février prochain.

Il faut que la justice puisse aller jusqu’au bout afin que la lumière soit faite sur les responsabilités. Nous le devons à la famille de Louis dont la dignité est restée exemplaire.

[Première mise en ligne le 13 mars 2009, mise à jour le 17 février 2010]



Dernière minute

La justice rouvre l’enquête : voir cette page.


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Dépôts de gerbes et minute de silence sur le lieu même de la mort de Louis Mendy.

« Nous voulons un procès »

<par G. M., La Marseillaise, le 4 mai 2009


Hier [3 mai 2009] de nombreux ami(e)s, sont venus apporter leur soutien à la famille de Louis Mendy, mortellement blessé par un policier en mai 2007. Quelques semaines après, l’actuel président de la République prenait ses fonctions.
Une affaire qui fut rapidement classée par le parquet de Toulon. Pour autant la famille de Louis Mendy ne comprend pas et veut connaître la vérité.

Comme ils l’ont fait l’an dernier, hier, vers 13 heures, devant le bureau de la poste du Pont du Las, la famille et les amis se sont recueillis et ont déposé deux gerbes de fleurs, à la mémoire du frère, du cousin, de Louis Mendy ce jeune entraîneur de foot de 34 ans et père d’un petit garçon âgé aujourd’hui de 7 ans, mort après avoir reçu une balle tirée dans la tête par un policier.

«  En mars dernier, à la reconstitution les témoins de la crèche sont restés unanimes. Lorsque le policier a tiré, Louis était seul loin du responsable du club avec lequel il avait eu une altercation », explique Florence, la soeur de Louis.
Et Joachim, le cousin de poursuivre : « Nous croyons en la justice, on ne fait pas ça par haine, nous voulons savoir la vérité... Nous sommes révoltés que ça tourne en rond... La famille Mendy et la communauté noire respectent la France, mais on trouve injuste le classement de cette affaire ». Du côté de la belle-famille c’est aussi l’incompréhension « d’une affaire classée, alors qu’il y a des zones d’ombre. Nous, la légitime défense, on ne peut pas l’accepter ».

Hier le recueillement a été digne « ni violence, ni haine nous sommes en quête de vérite. Nous voulons un procès ».

Pourquoi Louis Mendy est tombé sous les balles d’un policier

par P. Poletto, Var-Matin, le 13 mars 2009


Légitime défense ou geste meurtrier ? Hier, dans la rue Félix-Mayol, au Pont-du-Las, à quelques mètres de la médiathèque, un important dispositif policier a été mis en place pour une reconstitution judiciaire afin d’éclaircir les circonstances exactes de la mort de Louis Mendy. Le 3 mai 2007, à l’âge de 34 ans, l’entraîneur de l’équipe Poussins du club de football du Pont-du-Las a été mortellement blessé par un policier.

La querelle dégénère

Tout a débuté par une banale dispute entre ce trentenaire et un dirigeant du club de football loisirs du Pont-du-Las. Entre les deux hommes, la querelle dégénère. M. Mendy, vu par des témoins en possession d’un couteau, a un échange houleux avec son interlocuteur. La police est alertée.

Les hommes de la brigade anti-criminalité (BAC) arrivent, dans les minutes qui suivent, sur les lieux. Ils tentent de s’interposer. En vain. Un fonctionnaire reçoit un coup de couteau. Alors que le dirigeant de l’association s’enfuit, Louis Mendy prend la même direction. Des coups de feu partent. M. Mendy est touché à la tête et au bras. Il succombe à ses blessures. Confiées à l’antenne de Toulon de la police judiciaire, les investigations débouchent sur la thèse de la légitime défense. Aucune charge n’est retenue contre les policiers.

Deux versions remises en scène

Mais les proches de la victime n’acceptent pas cette conclusion. Une plainte contre X avec constitution de partie civile, du chef « d’homicide volontaire », est déposée. L’un des policiers - l’auteur des tirs - a, par la suite, été placé sous le statut de témoin assisté.

Hier après-midi, l’affaire Mendy a connu un nouvel épisode judiciaire. Les derniers instants de l’homme ont été minutés. Mesurés. Outre la présence des trois policiers et du responsable du club de football du Pont-du-Las, M. Buffony, juge d’instruction en charge de l’enquête était entouré de Nicolas Bessone, procureur de la République, de techniciens de la police scientifique, d’un expert en balistique et de représentants de l’inspection générale de la police nationale (IGPN). Exceptionnellement, le magistrat a autorisé l’une des soeurs de la victime à assister à la reconstitution.

Dignes, les proches de Louis Mendy ont patienté durant près de deux heures derrière le cordon de sécurité. Tous les accès à la scène du crime ont été condamnés. C’est derrière les barrières et les draps, dans cette ruelle, que les acteurs de ce dossier ont reconstitué les minutes qui ont précédé le drame. Ici, deux versions se sont opposées. L’arme au poing, le policier auteur du coup de feu, a revécu cette terrible soirée. Il a vu Louis Mendy brandir un couteau, au-dessus du dirigeant du club. Après des sommations, il aurait tiré pour protéger le dirigeant du club.

Quelques minutes plus tard, le positionnement est différent. Il se fonde sur les témoignages des personnes présentes dans la crèche, située à quelques mètres. Le policier arme son pistolet vers M. Mendy qui porte un couteau dans sa main droite et une bouteille d’eau dans l’autre, mais le dirigeant du club sportif n’est plus à sa portée. Il s’est éloigné en courant.

« Un gaga menaçant un couteau à la main »

Pour Me René-Pierre Guisiano, avocat des policiers, le scénario de cette soirée ne laisse aucun doute après la reconstitution. « La thèse de la légitime défense se confirme. Il y avait un gaga, les yeux exorbités qui était menaçant avec un couteau dans la main [1]. Il était incontrôlable. Il a blessé un policier qui protégeait le dirigeant du club de foot. Ensuite, il a pris la fuite pour poursuivre, à nouveau, l’homme. Au moment où il tentait de le poignarder par-derrière, le policier a agi en état de légitime défense ». Il évoque la « folie furieuse » de Louis Mendy. « Il était impossible de faire autrement. Il fallait sauver une vie. Nous attendons évidemment qu’un non-lieu soit prononcé dans ce dossier. »

Un geste disproportionné

« J’espère une égalité devant la loi », a déclaré Me Jean-Claude Guidicelli, avocat de la famille Mendy qui s’étonne, d’ailleurs, d’avoir dû justifier à des policiers en faction, ce jour-là, sa qualité d’avocat. « Cette reconstitution était déterminante. Des témoins oculaires, dans la garderie, se sont exprimés sur ce qu’ils ont vu au moment des coups de feu. Après la version officielle, il y a celle d’un geste disproportionné. Louis Mendy n’avait pas blessé le dirigeant du club. Il n’était pas à proximité de lui. S’il y avait eu corps à corps à ce moment-là, l’autre homme aurait été blessé par l’impact. Il ne méritait par la mort. C’est un sentiment de gâchis pour tout le monde qui ressort de cette reconstitution. »

Imprégné par les gestes répétés sur les lieux du drame et les relevés techniques produits au cours de l’instruction, M. Buffony, le juge d’instruction, a désormais la lourde charge de conclure un dossier complexe. Soucieux de laisser apparaître la vérité, le magistrat a procédé lui-même, ces deniers mois, aux auditions des policiers concernés. Non-lieu ou poursuite ? À la justice de trancher.

P. Poletto

Notes

[1On peut s’interroger sur le sens de l’expression « un gaga, les yeux exorbités ». Quelle signification attribuer à son utilisation par Me Guisiano pour qualifier la victime ? [Note de LDH-Toulon]


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