affaire Ajimi : confirmation en appel des condamnations des policiers


article de la rubrique justice - police > violences policières
date de publication : jeudi 14 février 2013
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La cour d’appel d’Aix-en-Provence a confirmé, lundi 11 février, la condamnation de trois policiers pour leur implication dans la mort d’Hakim Ajimi, en 2008 à Grasse, suite à une interpellation violente.

On attend que la justice se prononce sur le cas de Wissam El Yamni décédé il y a plus d’un an après un coma consécutif à une interpellation.


Affaire Ajimi : la condamnation des trois policiers confirmée en appel

[Le Monde.fr avec AFP, le 11 février 2013]


La cour d’appel d’Aix-en-Provence a confirmé, lundi 11 février, la condamnation de trois policiers pour leur implication dans la mort en 2008 d’Hakim Ajimi, à Grasse, lors d’une interpellation violente. Deux policiers de la brigade anticriminalité ont été condamnés à dix-huit et vingt-quatre mois de prison avec sursis, tandis qu’un policier municipal a été condamné à six mois avec sursis.

La cour d’appel a toutefois assorti ces condamnations d’une "substitution des motifs", qui n’ont pas encore été énoncées. En première instance, les policiers avaient été condamnés pour homicide involontaire et non-assistance à personne en danger. Par ailleurs, la cour a élargi le nombre de personnes pouvant bénéficier de dommages-intérêts aux oncles et tantes du jeune homme décédé.

"On est soulagé. Au moins, on sait qu’ils sont coupables, même si ce sont des coupables protégés", a déclaré à la sortie de l’audience Boubaker Ajimi, le père d’Hakim Ajimi. L’avocat des policiers, Me Joël Blumenkranz, a indiqué pour sa part que ses clients allaient "envisager un pourvoi en cassation". "Mes clients sont effondrés, ils espéraient sincèrement être relaxés", a ajouté l’avocat.

ASPHYXIE MÉCANIQUE

Hakim Ajimi avait été interpellé le 9 mai 2008 alors qu’il rentrait chez lui, peu après une altercation avec son banquier. Le jeune homme de 22 ans avait résisté aux deux agents de la brigade anticriminalité, qui avaient donc décidé de le menotter aux pieds et aux mains, face contre le sol. Un policier avait alors pratiqué une clé d’étranglement autour du cou d’Hakim Ajimi, tandis que son collègue s’était assis sur son dos à califourchon.

Les rapports d’expertise médicale ont conclu que la mort du jeune homme était due à une asphyxie mécanique, résultat d’une compression thoracique et d’une clé de bras pratiquée avec trop de force et durant trop longtemps. Depuis ce drame, une circulaire datant d’octobre 2008 a modifié les techniques enseignées au policiers pour interpeller les individus.

Réaction d’Amnesty International [1]

Un verdict en demi-teinte

Pour Amnesty International, la condamnation avec sursis dont font l’objet les agents des forces de l’ordre semble peu sévère face à la gravité des actes commis alors même que le droit international prohibe toute sanction qui minimise la gravité du crime commis. Néanmoins, il s’agit de la première condamnation qui survient parmi les cinq affaires mentionnées dans son rapport du 30 novembre 2011 « France. Notre vie est en suspens ».

La mort de Wissam El Yamni à Clermont-Ferrand

Le décès du jeune Wissam El Yamni à Clermont-Ferrand après un coma consécutif à son interpellation le 1er janvier 2012 présente une grande analogie. Là aussi la justice fait preuve de lenteur : d’après l’enquête de Mediapart, un an après le drame aucun policier n’avait encore été entendu par les juges d’instruction. Le Défenseur des droits aurait d’ailleurs décidé de mener ses propres auditions.

À Grasse et à Clermont-Ferrand, un homme est mort après avoir subi des techniques d’immobilisation contestées. Il n’est pas interdit de penser que ces techniques présentent un risque létal, en particulier quand elles sont mises en oeuvre sur des personnes fragiles. Il semble d’ailleurs qu’elles ne sont plus enseignées dans les écoles de police. Mais ceci n’est pas suffisant : il faut que le recours à ces méthodes soit interdit.

Notes


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