accident nucléaire simulé à Toulon


article de la rubrique droits sociaux > santé
date de publication : dimanche 24 février 2013
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Port d’attache d’un porte-avions et de six sous-marins d’attaque à propulsion nucléaire auxquels il faut ajouter un complexe de stockage d’éléments combustibles neufs ou irradiés, Toulon vit avec le risque nucléaire au cœur de la ville.

Les accidents – Tchernobyl le 26 avril 1986, Fukushima le 11 mars 2011 [1] – sont là pour rappeler que le risque nucléaire est une réalité. Mais, rassurez-vous ! ... selon les autorités responsables, ce risque serait « infime » à Toulon. Et pour convaincre les Toulonnais que tout a bien été prévu [2], un incident nucléaire sera simulé les 28 février et 1er mars prochains. Var-Matin y consacre un dossier dont vous pourrez prendre connaissance à la suite du commentaire de François Morel.



Les spécialistes et les rigolos (Chronique du 25 mars 2011)

Accident nucléaire dans la rade : répétition

par Matthieu Dalaine, Var-Matin le 7 février 2013


La préfecture du Var et la Marine vont conduire un scénario de crise le 28 février et le 1er mars autour de la défaillance simulée d’un réacteur du « Charles-de-Gaulle ». Explications.

Pourquoi organiser un exercice de sécurité nucléaire à Toulon ?

Il n’y a pas de bombe atomique à Toulon. Par contre, la capitale du Var est la seule ville de France avec huit réacteurs nucléaires à proximité de son centre : les deux chaufferies du porte-avions Charles-de-Gaulle et celles des six sous-marins nucléaires d’attaque (SNA). D’où l’obligation, pour les autorités civiles et militaires, d’organiser un exercice de sécurité tous les trois ans, impliquant habitants et marins en conditions réelles. Le prochain aura lieu le 28 février et le 1er mars.

Il vise à sensibiliser la population et à tester les dispositions légales : le Plan d’urgence interne (PUI) pour gérer un incident au sein de la base navale et le Plan particulier d’intervention (PPI) en ville s’il y a nécessité de protéger les habitants.

Est-ce le même risque qu’autour des centrales ?

« Non », certifie l’amiral Yann Tainguy, préfet maritime et commandant de la zone. « Un réacteur de SNA c’est 1/100, de la puissance d’un réacteur de centrale. Et puis, au port, les réacteurs des bateaux sont à l’arrêt. Leur puissance résiduelle est très faible. »

Un scénario catastrophe est-il possible ?

En matière de nucléaire, le risque zéro n’existe pas. À Toulon, il serait toutefois « infime ». Le préfet du Var, Laurent Cayrel, explique déjà qu’il ne s’agirait «  nullement d’une explosion, mais d’un rejet de gaz radioactif décidé par les autorités. »

Cet événement pourrait se produire à Milhaud, où le porte-avions s’amarre ; à Missiessy, base des SNA ; à Vauban, où parfois le « Charles » se trouve à quai ou en bassin. C’est dans un rayon de 2000 mètres autour de ces zones que les gens seraient les plus exposés. Et donc concernés par l’applicatlon du PPI.

Par ailleurs, un accident serait à « cinétique lente ». Bref, avant que la situation ne dégénère, les autorités disposeraient d’une trentaine
d’heures pour mettre les habitants en sécurité.

Que faire en cas de crise ?

Au déclenchement de la sirène, se mettre à l’abri clans une pièce fermée et arrêter la ventilation pour se protéger des retombées. Allumer sa radio : c’est par ce biais que la préfecture communiquera. La prise d’iode ne doit se faire qu’au moment où les autorités donnent le « top ». SI la situation s’aggrave, une évacuation est prévue par le PPI.

À quoi va ressembler l’exercice ?

Les deux précédents (2007 et 2010) prenaient pour hypothèse de départ un accident sur la chaufferie d’un SNA à Missiessy. Cette fois, c’est le porte-avions, en cale sèche à Vauban, qui jouera le rôle de la bête blessée. Et le quartier du Port-Marchand, celui de la zone impactée.

Même si on ignore le scénario exact , on sait que des avaries viendront corser le travail des militaires. Le PPI sera alors déclenché
dans un périmètre englobant 3 600 Toulonnais, « Non filtrant pour ne pas altérer l’activité économique », précisent les autorités. Les riverains seront informés par différents vecteurs (flyers, SMS, panneaux...)

Testés en conditions réelles : la mise à l’abri des 330 habitants de l’immeuble Onyx, le traitement des irradiés dans les hôpitaux de la ville, l’activation d’un guichet de distribution de pastilles d’iode à l’école Camille-Saint-Saëns ou encore, pour les services préfectoraux, « la mise sous pression de la cellule communication. »

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Les préfets nous protègent


Entretien avec Marc Saint-Aroman, administrateur du réseau « Sortir du nucléaire »

« Un exercice d’anesthésie pour valider le nucléaire »

[propos recueillis par Matthieu Dalaine, Var-Matin, 7 février 2013]


  • La préfecture et la Marine s’apprêtent à conduire un exercice de sécurité
    nucléaire, fin février. Cela vous satisfait-il ?

Pas du tout. C’est le genre d’exercice d’anesthésie qui ne sert qu’à valider un principe inacceptable : celui d’accueillir des réacteurs nucléaires en plein centre-ville, qui plus est dans une mer fermée. Un cas unique au monde.

  • Mais ne vaut-il pas mieux un exercice plutôt qu’aucun ?

Pas de la manière dont il est conduit. En cas d’incident, on sait que la situation deviendrait ingérable pour les autorités. Ce qu’il faut, ce n’est pas de la propagande, mais une véritable information des Toulonnais sur le risque nucléaire, pour qu’ils puissent voir les choses en face et faire en sorte que ça s’arrête.

  • Quel est ce risque selon vous ? On dit qu’il est inférieur à celui qui existe autour d’une centrale...

La puissance des réacteurs d’un sous-marin atomique est moindre, certes. Mais en cas de faillite sur les circuits de refroidissement, cette différence s’amenuiserait rapidement et les rejets de radionucléides seraient très dangereux.

  • Quel message souhaitez-vous faire passer aux Toulonnais ?

On sait que le nucléaire militaire fait vivre beaucoup de gens dans l’agglomération toulonnaise et on ne jette la pierre à personne. Mais il faut aussi retenir le chiffre donné par l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire. L’IRNS estime qu’un accident en France coûterait entre 120 et 430 milliards d’euros. Et quand on prend la mesure totale du désastre qui serait causé, on peut affirmer que rien ne justifie la poursuite de programmes nucléaires militaires ou civils.

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Cercles noirs : application du PPI (2000m).
Cercles rouges : urgence (500m).

Le Collectif varois Sortir du nucléaire donne rendez-vous vendredi 1er mars à 11h au Port marchand (Toulon), pour observer comment l’exercice de sécurité civile se déroule.

Puis à 12h : pique-nique devant Pôle emploi (Quai des Sous-Mariniers).

P.-S.

Compléments

Notes

[1Peut-on rappeler également l’accident de In-Ecker, le 1er mai 1962 ?

[2Selon Yannick Chenevard, adjoint au maire de Toulon chargé de la sécurité civile, 14 000 comprimes d’iode ont déjà été placés dans des points de distribution. Autre mesure, 400 mallettes spécialisées ont été réparties dans des établissements ciblés (mairie, écoles...) ; à l’intérieur, l’on trouve par exemple « une petite radio à manivelle pour écouter les messages de la préfecture. » (Var-Matin du 7 février 2013)


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