à Ollioules, avec les Gens du voyage


article de la rubrique roms et gens du voyage > gens du voyage dans le Var
date de publication : jeudi 12 janvier 2006
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Les deux quotidiens locaux ont donné une large place au problème des Gens du voyage à Ollioules.

Vous trouverez ci-dessous les dossiers de la Marseillaise puis de Var-Matin.

Nous nous contenterons de poser deux questions :

1- Les municipalités ont pris du retard pour appliquer la loi Besson [1]. Les Gens du voyage en subissent les conséquences. Au nom de quel principe ces derniers devraient-ils en plus être condamnés ?

2- Pourquoi Monsieur Beneventi ne pratique-t-il pas, dans ses rapports avec les Gens du voyage, la "méthode à l’amiable" dont il use avec satisfaction dans les relations qu’il entretient avec ses collègues de TPM ?


[La Marseillaise - jeudi 12 janvier 2006]

Gens du voyage à Ollioules : « Juste des citoyens comme les autres »

Les gens du voyage sont une nouvelle fois confrontés à l’absence de terrains d’accueil. Depuis plusieurs jours, une centaine de caravanes a investi le terrain de l’ancien marché floral d’Ollioules.

Les premières caravanes sont arrivées lundi dernier, mais la plupart n’ont débarqué que samedi. Depuis plusieurs jours, une centaine de caravanes, soit près de 400 personnes, a investi le terrain de l’ancien marché floral d’Ollioules. Une terre en retrait du centre
ville, goudronnée, mais sans équipement d’accueil.

Aussitôt, le maire d’Ollioules entamait une procédure d’expulsion

Hier, la majorité d’entre eux a rejoint une aire d’accueil à La Farlède. Mais une vingtaine de camping-cars était toujours positionnée à Ollioules, bien décidée à ne pas quitter les lieux. « Tout le monde est parti s’entasser à
La Farlède. Mais il n’y a pas assez de places pour tout le monde. Le terrain ne peut accueillir qu’une cinquantaine de caravanes... », explique Jean Cortes, pasteur. « De toute façon, nous n’avons pas à partir. Ce n’est pas nous qui sommes dans l’illégalité, ce sont les communes qui ne respectent pas la loi. On travaille ici, on paie des impôts, y compris maintenant une taxe d’habitation
(sur le logement mobile, Ndlr). On a une carte d’électeur... On est des citoyens comme les autres !
 », tempête Mario Peiron. « Moi, je suis pasteur de l’église évangélique etje ne peux pas partir de la région. En plus, on a une jeune mère de famille qui vient juste d’accoucher, on ne va pas l’arracher de l’hôpital ! », reprend Jean Cortes.

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Nous sommes français, comme les autres !

Les expulsions sont leur lot quotidien. « Nous étions sur
l’aire de passage d’Ollioules, l’été dernier. On nous a fichus dehors en nous disant qu ’il y avait des travaux à faire. Résultat : on nous a mis dans un rond-point où les gosses n’étaient pas en sécurité et les travaux n’ontpas été réalisés : le terrain est fermé depuis un an
 », poursuit Mario Peiron.

Tous les jours, ils doivent composer avec le refus des communes, et souvent de leur population, de les accueillir. « Il y a un rejet. Dans le comportement, le langage, le regard... On a choisi un mode de vie qui dérange, parce qu’on ne rentre pas dans une norme », confie Adèle Cortes.

« Vous êtes des gens du voyage ? Alors voyagez ! »

Hier, d’autres gens du voyage, arrivés de Cogolin, sont venus les soutenir. « Nous étions sur un terrain à Cogolin depuis 18 ans et le maire a décidé de nous expulser. II nous a dit : vous êtes des gens du voyage ? Alors voyagez ! », raconte Sabine Pans, désabusée.
Plusieurs associations [2] étaient également présentes, au, cas où la police interviendrait.

« Nous avons toujours suivi de près l’application de la loi Besson et nous sommes à la fois en colère et désemparés de voir avec quelle lenteur cela se met en place en France. Nous suivons régulièrement la commission consultative du Préfet et je pense que ce dernier fait son
boulot. En revanche, les maires freinent des quatre fers. Ils y mettent de la mauvaise volonté politique
 », souligne Gilles Desnots, président de la section toulonnaise de la Ligue des droits de l’homme (LDH).

Si la police nationale se trouvait bien sur place, elle n’est pas intervenue. « Nous avons été prévenus que certaines caravanes partaient, on est juste là pour s’assurer que tout se passe bien », confie un policier.

En revanche, une trentaine d’autres caravanes, appartenant à la communauté des « Rom », devait être délogée hier au rond-point du
Carrefour d’Ollioules. Arrivé le matin même de La Garde, où il venait d’être expulsé, le groupe cherchait un nouveau terrain d’accueil.

Marielle VALMALETTE. Photos : Bruno ISOLDA

L’avis du maire : « Il faut appliquer la loi ! »

Dès l’arrivée des gens du voyage sur le terrain de l’ancien marché floral, le maire a entamé une procédure d’expulsion. Pourtant, Robert Beneventi se dit plus opposé aux gens du voyage sur la forme que sur le fond.

Investir un terrain sans y « être autorisé, ce n’est pas une méthode », plaide le maire, « En menant une action médiatique et en créant des nuisances locales, ils n’améliorent pas leur image ».

Et si Robert Beneventi est bien décidé à débarrasser l’ancien marché floral des gens du voyage, il se pose en défenseur de la loi. Et pour cause, il est chargé, au sein de TPM, de la mise en application du Schéma départemental d’accueil des gens du voyage.

En la matière, il y a du boulot : la question doit être réglée d’ici 2007. En effet, les communes avaient cinq ans pour se conformer au Schéma départemental (2000/2005), mais devant l’inertie des villes à se mettre en règle, l’Etat a accordé une rallonge
de deux ans.

« C’est très difficile car il faut trouver des terrains qui ne soient pas en zone inondable et qui soient situés près des lieux de vie. Or, c’est pratiquement comme le terrain à bâtir : c’est rare et cher », justifie Robert Beneventi. Et surtout, il a choisi « la méthode à l’amiable » : on attend que les communes proposent plutôt que d’imposer un droit de préemption. Histoire de ne pas s’attirer les foudres des autres maires.

Selon Robert Beneventi, des négociations sont en cours pour aménager plusieurs terrains d’accueil. On évoque ainsi un terrain de grand passage proposé par une commune de l’agglo, qui a quand même l’inconvénient majeur d’être ponctuellement inondé. Il est question aussi
d’un espace à Toulon Ouest (30 places) dont l’acquisition est retardée par des « problèmes juridiques ». Une petite terre du côté de Toulon Est a également été présentée par une commune mais cette dernière n’en est pas encore propriétaire. Enfin, il y a l’aire d’Ollioules (10 places) et le terrain de la Ripelle à Toulon, « qui doit être réaménagé car il n’est plus aux normes et des sédentaires s’y sont installés. »

Bref, TPM a encore du pain sur la planche.

En attendant, les expulsions continuent.

A juste titre pour les élus : on les appelle « gens du voyage », une bonne raison certainement pour les déloger dès qu’ils se posent...

M.V.

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[Var-Matin - jeudi 12 janvier 2006]

« Nous sommes Varois !

Nous sommes nés ici, avons grandi ici. Nous votons et payons nos impôts ici. Nous sommes dans la région toulonnaise plus de six mois par an. Et ce département nous traite comme des moins que rien, personne ne veut de nous. » Ambiance hier après-midi, sur le goudron de l’ex-marché floral, où stationne encore une vingtaine de caravanes, sur la centaine arrivée samedi. « La police nationale est venue nous voir deux fois, en
nous expliquant qu’une procédure d’expulsion était en cours, et que les CRS allaient nous déloger. Nous ne bougerons pas d’ici tant que les terrains de stationnement conformes à la réglementation ne nous seront pas proposés
 », explique Jan Cortès, pasteur évangélique.

« Les maires d’accord, mais chez le voisin »

Le maire d’Ollioules, Robert Bénéventi, explique cette procédure. « Il y a eu pénétration illicite sur une propriété à la fois communale et privée, en aucune manière adaptée à cet usage, et utilisation abusive et dangereuse d’eau et d’électricité. » Ce que contestent les gitans.

Ollioules n’est cependant pas un mauvais élève. « La commune dispose d’un terrain homologué dit de petit passage, pour 8 à 10 caravanes, dans le cadre du schéma départemental. Mais il faudrait que l’ensemble de l’agglomération TPM soit en conformité. Bien souvent, les maires sont d’accord, mais si c’est chez le voisin... »

« Nous voulons respecter la loi »

Dans le Var, quelques bons élèves sortent du tas, selon l’association Rencontres tsiganes. « La communauté de communes du Luc, les mairies de Roquebrune-sur-Argens, de Saint Cyr, du Beausset, des Arcs ou encore de Vidauban sont des bons exemples à suivre. » Les gitans, en attendant, se sentent rejetés. « Une loi impose la mise en place d’aires d’accueil, mais très peu sont en place. On se moque de nous. Nous ne demandons qu’une chose, c’est d’être en conformité avec la loi, mais on ne nous en donne même pas les moyens. Cette année, nous devons nous acquitter d’une nouvelle taxe d’habitation. Nous payons de bon cceur. Nous respectons nos devoirs alors que nos droits sont bafoués...  », déplore le pasteur.

La scolarité des enfants est, elle aussi, problématique. « De nombreuses écoles refusent nos enfants sous le prétexte qu’ils doivent être inscrits à l’année. »
« Illégal ! » répondent les associations présentes sur place, la Ligue des droits de l’homme, le Secours catholique, le MRAP (Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples) ou encore Rencontres tsiganes pour soutenir les gitans. « Les directeurs d’école n’ont pas le droit de refuser vos enfants. » À l’heure des grands discours où l’égalité des chances, l’intégration et la lutte contre les discriminations sont régulièrement abordées, les gitans se sentent oubliés.

Reste qu’une fois le jugement prononcé, l’expulsion effective, les gitans se retrouveront sur la route. Et qu’il faudra bien, encore, aller quelque part

Philippe Zamari

LE POINT SUR LA LOI

Depuis la loi Besson de juillet 2000, les communes de plus de 5000 habitants, 37 dans le département, doivent disposer d’un terrain. « Dans le Var, département plutôt attractif pour les gitans, nous avons choisi de réfléchir en termes de bassin d’habitat plutôt que par communes, explique Éric Dumont, sous-préfet. Le schéma départemental répartit les besoins. Les maires ont jusqu’en 2007 pour se mettre en conformité. Tous ne sont pas enthousiastes, mais ils savent qu’ils doivent le faire.

Actuellement, sur les dix-huit aires d’accueil prévues, onze sont en cours de réalisation. Idem pour trois des huit aires de grand passage. Globalement, je suis optimiste. »

P Z.

Notes

[1Grâce à un amendement déposé en catimini par le gouvernement, les maires disposent de deux années supplémentaires pour aménager des aires réservées aux populations nomades. Jean Blocquaux, l’ancien président de la Commission nationale consultative des gens du voyage, y voit une "manœuvre dilatoire pour ne pas appliquer la loi Besson". (Cf article 303)

[2LDH, Secours catholique, Rencontres Tziganes, Les gitans de France, MRAP, Association Tchatchipen.


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