à Cuers, on goudronne les mots


article de la rubrique libertés > Cuers
date de publication : mercredi 9 avril 2008
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La nouvelle municipalité porte plainte contre l’auteure et artiste Caroline Amoros de la compagnie Princesses Peluches, pour “dégradation de la voie publique”, suite à une représentation de son spectacle de théâtre de rue déambulatoire “Kristin”.

Une “alternance” politique peut entraîner des remises en cause dans le domaine de la culture, mais elle ne saurait justifier une atteinte à la liberté d’expression artistique.

Une pétition de soutien est en ligne sur le site internet de la Fédération des arts de la rue : http://www.lefourneau.com/lafederat....


Les faits remontent au 29 mars, date de la représentation à Cuers dans le cadre de la Saison de L’Abattoir, programmée par l’Orphéon Théâtre intérieur de Cuers, dont la nouvelle équipe municipale avait dénoncé la convention les liant à la ville durant la campagne électorale.

L’objet de la plainte tient en une série de phrases écrites à même le sol. Ces phrases, destinées à laisser un trace éphémère après le passage de Princesses Peluches, sont inscrites à la peinture temporaire et s’effacent avec le temps ou en frottant avec de l’eau :

- “Kristin, 52 ans cherche travail.
- “Pour vivre sans ce soucier de sa propre origine, il faudrait peut-être ne pas cesser de danser.
- “Être précaire, c’est subir la loi qu’un autre édicte mais ne subit pas.
- “Je me révolte, donc nous sommes.
- “Je suis une peau-rouge qui jamais ne marchera en file indienne.

Le spectacle a pu avoir lieu, mais son contenu a été largement amputé et brouillé, car le maire avait fait recouvrir ces cinq textes d’une couche de peinture noire goudronnée (une vidéo
permet d’assister à la scène) ...

Quelques jours plus tard, la nouvelle équipe municipale suspendait la suite de la programmation de la Saison de l’Abattoir.

29 mars 2008 : Goudronner les mots...

par la compagnie Orphéon Théâtre intérieur [1]

La municipalité de Cuers (Var) vient d’innover en expérimentant une forme de censure adaptée à l’espace public quand l’artiste utilise la rue comme page d’écriture.

Le 29 mars 2008, pour la troisième édition des “Petits bonheurs de mars”, organisée par la ville de Cuers, trois spectacles de théâtre de rue avaient été programmés par la compagnie Orphéon Théâtre intérieur : Les Demeurées, entresort du Begat Theatre sur un texte de Jeanne Benameur ; Calao, spectacle de cirque aérien de la compagnie Rouge Élea ; Kristin par la compagnie Princesses Peluches.

Ce dernier spectacle, dès 9 heures du matin, a déclenché l’irritation du maire récemment élu qui a fait aussitôt intervenir les services techniques pour masquer des textes inscrits sur les marges de la chaussée en les recouvrant de goudron.

La peinture blanche et rouge utilisée par la compagnie Princesses
Peluches est prévue pour s’effacer avec de l’eau chaude et une
brosse. Le test a été fait en public, devant une caméra, en présence
du maire à 10h du matin, dans la rue. Mais celui-ci a préféré ne pas
attendre la fin de la représentation pour rendre illisibles les cinq
phrases nécessaires à la compréhension du spectacle.

Kristin est une forme de théâtre de rue déambulatoire, dont l’unique personnage, le rôle titre, est une petite femme blonde qui ne parle pas. Spectacle non verbal, Kristin est une oeuvre de fiction dont le scénario est fondamentalement construit, structuré autour de cinq textes brefs. Du point de départ avec sa petite annonce (Kristin, 52 ans cherche travail) jusqu’à l’arrivée - conclusion du récit (Je suis une peau rouge qui jamais ne marchera en file indienne), le parcours du personnage muet dans la ville est jalonné, ponctué à différentes étapes de trois phrases tracées sur le sol : une maxime poético-philosophique interrogative (Pour vivre sans ce soucier de sa propre origine, il faudrait peut être ne pas cesser de danser), une définition (Être précaire, c’est
subir la loi qu’un autre édicte mais ne subit pas
), une citation d’Albert Camus (Je me révolte donc nous sommes).
En goudronnant mots et phrases, en rendant le texte invisible, la ville de Cuers redécouvre le traditionnel procédé du « caviardage » à l’encre noire et brouille le sens du spectacle en privant les images de leur
contexte.

Depuis sa création en 2006-2007, ce spectacle de la compagnie Princesses Peluches a été joué plus d’une quarantaine de fois à Voiron, Thonon-les-Bains, Alfortville, Gand, Livourne, Sotteville-les-Rouen... et applaudi par plus de 8 000 spectateurs. Kristin a été présenté en 2007 à Aubagne, avec le soutien de Lieux publics (Centre National des Arts de la Rue). Lors du dernier festival Chalon dans la rue, le spectacle était présenté dans le In, dans le cadre de l’opération “Auteurs d’espaces 2007” promue par la SACD.

Caroline Amoros a décidé malgré tout de rendre à nouveau visibles les mots effacés, en les réécrivant, avec la même peinture, sur les deux côtés du véhicule de la compagnie et en intégrant la voiture dans
le spectacle.


Le spectacle a commencé à 17h15, devant 200 spectateurs, et s’est terminé à 18h15, comme annoncé depuis cinq mois.

À l’issue du spectacle, Caroline Amoros (auteure-comédienne) de la compagnie Princesses Peluches et Georges Perpes de la compagnie Orphéon Théâtre intérieur ont été entendus dans les locaux de
la gendarmerie de Pierrefeu. Le maire de Cuers a porté plainte contre Caroline Amoros pour “dégradation de la voie publique”.

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Le contexte

Depuis 1995, la municipalité de Cuers était conduite par le communiste Guy Guigou. Pour des raisons de santé, ce dernier devait démissionner en novembre 2007, pour laisser la place à son premier adjoint, Gérard Cabri.
Mais l’élection municipale de mars dernier a donné la majorité à la liste UMP de Gilbert Perugini [2].

Si l’on en juge par son site de campagne, le jugement porté par Gilbert Perugini sur le bilan de la municipalité sortante dans le domaine culturel est particulièrement sévère :

Analyse du bilan de la mairie sortante [3]

7. Bilan Culture :

« Labellisé par le Département le théâtre de l’Abattoir propose chaque année un répertoire de créations aujourd’hui réputé. En 2004 s’est achevée la dernière tranche d’aménagement du complexe culturel de l’Abattoir avec la création de loges pour les comédiens.  »

Eh oui ! notre maire s’est payé sa danseuse !!…mais avec l’argent des contribuables cuersois :
Non ! le théâtre de l’Abattoir n’est pas réputé ! car si tel était le cas ce n’est pas d’une salle de 80 places dont nous aurions besoin mais d’une salle beaucoup plus grande en rapport avec une ville de 10.000 habitants !
La compagnie Orphéon est un gouffre financier pour la commune : chaque saison théâtrale coûte en moyenne 30.000 euros payés par les contribuables cuersois, et ce au profit d’une poignée de personnes, ce à quoi il faut rajouter une subvention annuelle de plus de 26.000 euros en 2008 et plus de 30 000 en 2009 et 2010. Tout le monde a pu vérifier que lorsque la programmation est choisie par Orphéon la salle est vide, et que lorsque elle est adaptée à la demande du public, il répond présent. On notera, au passage l’opacité totale de la billetterie.
Il est grand temps de faire du ménage dans ce système, et de stopper les dépenses publiques sans contrepartie culturelle accessible au plus grand nombre !
Cuers évolue dans un désert culturel sidéral, englué dans des manifestations minables ( fête de la musique, Art de la rue..), organisées par un Comité des fêtes nombriliste et incompétent.

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La dernière de la Mairie pour sa danseuse : La dernière convention signée par la mairie avec cette association le 24 avril 2007, stipulait : " la présente convention est fixée à 8 mois à compter du 1er mai 2007, soit pour une période allant du 1er mai 2007 au 31 décembre 2007.... la mairie alloue une subvention pour l’année 2007 dont le montant a été fixé à 19.545 euros..."

Lors du dernier conseil municipal du 31 janvier M. CABRI a cru bon, un mois et demi avant les élections municipales, de se faire autoriser la signature d’une nouvelle convention pour une période de 3 ans ( et non plus d’un an ), avec des subventions de : 26.334 euros pour 2008, 30.560 euros pour 2009, et au minimum de 30.560 euros pour 2010.

On remarquera donc, que bien que n’étant pas sûr d’être réélu en mars prochain, M. CABRI n’hésite pas à engager la commune, et par là-même l’argent des cuersois, dans des dépenses plus que contestables et pour des périodes longues ; c’est tellement facile de jouer avec l’argent des autres !! et tout cela pour être agréable à sa danseuse !!... Ces agissements ( et bien d’autres engagements de fin de mandat ( nouvel emprunt de 1 million d’euros )) devraient être interdits par la loi !!

Si les cuersois nous font confiance en mars, nous remettrons en cause cette convention .

[Gilbert Perugini]
Madame Anastasie par André Gill (1874).

Notes

[1Orphéon Théâtre intérieur - 25 rue Panisson - 83390 Cuers - Tel : 04 94 28 50 30
http://www.orpheon-theatre.org
Courriel : orpheon-theatreinterieur [at] wanadoo.fr

[2Gilbert PERUGINI (UMP) l’a emporté avec 1888 voix (38.75%) devant les trois listes conduites par :
- Gérard CABRI (divers gauche) 1491 voix (30.6 %)
- Philippe DUVAL (divers droite) 748 voix (15.35 %)
- Robert DAUMAS (PS) 745 voix (15.29 %).

[3Référence :
CUERS AVENIR 2008.


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