à Avignon, il ne faut pas confondre un CRS et un mime


article de la rubrique justice - police > police
date de publication : mardi 17 novembre 2009
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Samedi 18 juillet 2009, à 18 h 30, place de l’Horloge à Avignon. Patrick Leblanc donne quelques pièces à son fils à l’intention d’un artiste de rue qui faisait la statue. Le fils âgé de 15 ans les dépose au pied d’un CRS qui se trouvait à côté.

Le policier y aurait vu un « outrage ». Contrôles d’identité, quatre interpellations musclées, suivies de quatre gardes à vue ... Une affaire qui en rappelle une autre...

Patrick Leblanc a comparu le 10 novembre, devant le tribunal correctionnel d’Avignon pour « rébellion et incitation à l’émeute ».
Le 17 novembre, le tribunal a prononcé la relaxe de deux des trois prévenus.

[Première mise en ligne le 23 juillet 2009, mise à jour le 17 novembre 2009]



Pendant le festival, les CRS “ne sont pas là pour s’amuser” !

par Bruno Hurault, La Provence, jeudi 12 novembre 2009


Avignon. Lors d’un spectacle de rue, une plaisanterie avait dégénéré

La scène a eu lieu de 18 juillet vers 18h30, en haut de la place de l’Horloge. Au lieu de mettre son obole dans la sébile d’un de ces mimes blancs qui cachetonnent pendant le festival, un ado d’une quinzaine d’années, répondant favorablement à une “suggestion” de son père, a déposé une pièce aux pieds d’un CRS adossé à son fourgon. Après quelques secondes, le CRS a demandé des comptes à l’adolescent. Le père, Patrick Leblanc, retraité de la Protection judiciaire de la jeunesse, est intervenu et la scène a dérapé. M.Leblanc n’aurait pas voulu se soumettre au contrôle d’identité en raison du “ton du CRS”. Il a alors ameuté la foule qui a réagi. Jérôme Fermy, alerté par les cris, s’est interposé et a permis à Patrick Leblanc de s’extirper, une menotte au poignet droit. Il aurait lors de cette action blessé le CRS et tenté de lui prendre son bâton de défense. Dominique Beddock, professeur agrégé, en charge notamment de cours à l’école militaire de Salon, s’est érigé en médiateur. Il sera interpellé peu après et poursuivi pour outrage et rébellion.

Me Rouvière, partie civile, dénonce un mépris de la police en insistant sur le fait que les CRS pendant le festival ne sont pas là pour s’amuser. Le CRS a toutefois “sur-réagi” estime la vice-procureure. Si la relaxe est demandée pour les faits d’outrages reprochés à Patrick Leblanc, la rébellion en revanche est acquise assure la magistrate qui réclame une peine de principe de 500 € avec sursis. Pour Dominique Beddock, assisté de Me Vouland, les faits ne semblent pas constitués pour l’accusation qui demande la relaxe totale. Pour Jérôme Fermy qui s’est violemment interposé, il est requis une peine de cinquante jours d’amende à 100 €. Me Gaëlle Guenoun dans les intérêts de Patrick Leblanc plaide la relaxe et parle d’un dossier “symptomatique des dérives policières”. Le tribunal a mis sa décision en délibéré [1].

Décision du tribunal – Le 17 novembre, le tribunal a relaxé Patrick Leblanc, le père de l’enfant, ainsi que Dominique Beddock, mais a condamné la troisième personne – qui avait déjà un passé judiciaire – à 30 jours de prison à 20 euros par jour [2].

[Ajouté le 5 novembre 2009]

Commission nationale Citoyens – Justice – Police
Sur les rapports entre les citoyens et les forces de sécurité,
Sur le contrôle et le traitement de ces rapports par l’institution judiciaire

ANTENNE D’ALPES – PROVENCE – CÔTE D’AZUR
2 place de la Corderie 13007 Marseille – 04 91 55 00 88

Communiqué

Marseille, le 8 octobre 2009

Mission d’enquête " Festival d’Avignon"

La Commission nationale Citoyens-Justice-Police, composée de la Ligue des droits de l’Homme (LDH), du Syndicat des avocats de France (SAF) et du Syndicat de la Magistrature a été saisie par la personne concernée pour enquêter sur les conditions d’intervention des forces de sécurité le 21 juillet 2008, place du palais des papes en Avignon et leur traitement par l’institution judiciaire.

La mission recueillera les témoignages de toutes les parties.

Elle est composée de :

  • Chantal Mainguy (LDH)
  • Angela Lemius (SAF)
  • Marc Jeanjean (LDH)
  • Lucien Limousa (SM)

Elle rendra public son rapport.

Avignon : troubles sur la place de l’Horloge

par N. B., Dauphiné libéré (édition 84A) du 19 juillet 2009


Hier, vers 18 h 30, un attroupement s’est formé sur la place de l’Horloge à Avignon lorsque les forces de l’ordre ont interpellé quatre personnes au niveau de l’opéra. Un groupe de 20 personnes s’est d’ailleurs ensuite rendu au commissariat d’Avignon pour témoigner.

Une escalade

Après que le camion de CRS soit parti de la place de l’Horloge pour une garde à vue de 24 heures au commissariat d’Avignon, les discussions allaient bon train dans la foule, notamment sur la violence de ces interpellations.

À l’origine de cet événement, un jeune homme qui dépose une pièce devant un CRS, qui se trouve à côté d’un artiste de rue faisant la statue, pendant que son père se tenait non loin en prenant des photos. L’agent a alors demandé ses papiers au jeune homme. S’en est suivi un débat où le père est entré, trouvant que cet ordre n’était pas justifié. Ce débat terminera en l’interpellation de quatre personnes parmi lesquelles le père et son fils, ainsi que deux passants qui sont intervenus. Selon certaines personnes dans la foule, la violence était démesurée par rapport à la situation.

Du côté des forces de l’ordre, on affirme que l’interpellation est due au refus du contrôle et au début d’émeute, contrôle lui-même motivé par la provocation de la pièce. De plus, il s’agirait du premier événement de ce type pendant le festival cette année.

Interpellation place de l’Horloge : le père témoigne

par Noëlle Réal, avignews.com, le 22 juillet à 18h49


Le 18 juillet à 18 h 30, mouvement de foule place de l’Horloge : un père et son fils de 15 ans sont interpellés pour "outrage, rebellion et incitation à l’émeute". Récit et témoignage.

48 heures après les faits, Patrick Leblanc n’en revient toujours pas. Le 10 novembre prochain, il devra comparaître devant le tribunal correctionnel d’Avignon pour "rebellion et incitation à l’émeute". A 62 ans, ce fonctionnaire retraité de la PJJ passé une nuit en garde-à-vue... Tout a commencé le 18 juillet donc, vers 18 h 30.

"Vous le faites drôlement bien"...

Comme des centaines de badauds, Patrick et ses deux fils de 15 et 12 ans regardent un mime faire "la statue". Tout à côté, un CRS, immobile lui aussi est adossé à son fourgon et profite du spectacle. "J’ai même cru un instant qu’il s’agissait aussi d’un comédien" avoue franchement Patrick Leblanc. Mais le fonctionnaire est bel et bien en service... C’est alors que le fils de Patrick Leblanc va déposer 30 cts d’euros aux pieds du CRS, lui glissant "vous le faîtes drôlement bien". Plaisanterie de gamin, farce de "festivalier" que le fonctionnaire de police ne goûtera pas dans cette ville où, le temps d’un Festival, on brocarde les nonnes, on singe les uniformes et on imite outrancièrement les grands de ce monde... "Il avait l’air sympa, tout le monde a ri, c’était pas méchant" avance le jeune garçon.

Mouvement de foule ou incitation à l’émeute ?

Mais alors qu’il retourne dans les rangs des spectateurs, le CRS le rattrape et lui dit : "tu sais que c’est un outrage ce que tu viens de faire. Présente-moi tes papiers". C’est alors que Patrick Leblanc se rapproche de son fils pour tenter d’expliquer au policier "que c’était de l’humour, qu’il fallait pas mal le prendre". Rien n’y fait. "Il m’a demandé mes papiers en me tutoyant, j’ai refusé. Je m’adresse correctement à la police, j’attends le même respect en retour" indique Patrick Leblanc. Alors, le ton monte entre le policier et le festivalier. "Il veut m’embarquer dans le fourgon, mais mes fils sont éparpillés dans la foule, je refuse de monter dans le fourgon sans mes enfants".

Et c’est à partir de là que les versions divergent avec la police. Selon Patrick Leblanc, un "mouvement de foule spontané a formé un chaîne humaine pour empêcher mon interpellation". Mais de source policière, ce serait Patrick Leblanc qui aurait harangué la foule avec des termes comme "voyez la police de Sarko !". "Jamais je n’ai employé ce genre de phrases" s’insurge M.Leblanc, "et je n’ai même jamais entendu d’insultes proférées par la foule" affirme t-il. Menotté d’une main, il échappe à la surveillance des CRS "pour retrouver mes fils".

Craignant d’être dépassés par la foule et la "mini émeute" qui commençait à se préparer, des renforts de CRS sont appelés. Entretemps, Patrick Leblanc et son fils sont repris, menottés tous les deux et placés dans le fourgon. Des spectateurs s’opposent à leur arrestation et, toujours de source policière, une tierce personne tente alors de s’emparer de l’arme de service d’un CRS puis de sa matraque. Deux autres personnes sont interpellées tandis qu’une quinquagénaire recueille le deuxième fils, laissé dans la foule, pour l’accompagner au commissariat où M. Leblanc passera la nuit. "Dans le fourgon, ils me disaient “tu vas voir, on va t’arranger”. Ce n’est qu’au commissariat où je me suis enfin senti en sécurité. J’ai eu là, à faire à des policiers dignes de leur fonction républicaine."

Côté CRS, deux d’entre eux ont eu une ITT de deux jours pour des "blessures aux poignées, au dos et des contusions" indique t-on au commissariat. Visiblement, l’affaire ne s’arrêtera pas là puisque déjà, la Ligue des droits de l’Homme entend s’en emparer aux côtés de M. Leblanc.

Affaire à suivre donc début novembre devant les tribunaux.

Noëlle Réal


Notes

[1au 17 novembre 2009.

[2Chaque jour de prison effectué diminue l’amende de 20 euros.


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