Turquie : menaces sur les libertés


article communiqué de la LDH  de la rubrique international > Turquie
date de publication : samedi 17 novembre 2012
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Les libertés fondamentales – d’expression, de réunion, d’association... – continuent à être menacées en Turquie. A titre d’exemple, selon un rapport récent du Comité pour la protection des journalistes (CPJ), la Turquie serait le leader mondial – devant l’Iran, l’Erythrée et la Chine – quant au nombre de journalistes emprisonnés.

Au cours des prochains jours, deux procès vont être des tests pour la démocratie en Turquie :

  • à Bursa le 19 novembre, procès de l’étudiante franco-turque Sevil Sevimli poursuivie pour « liens avec une organisation terroriste »... [1].
  • à Istanbul le 22 novembre, procès en appel de Pınar Selek [2].

Voir en ligne : M. Erdoğan, libérez Sevil Sevimli !

Communiqué LDH

Paris, le 16 novembre 2012

Pour l’avenir de la démocratie en Turquie,
Sevil Sevimli doit être acquittée

Le lundi 19 novembre, Sevil Sevimli, jeune étudiante franco-turque en licence information-communication, à l’université Louis Lumière Lyon 2, connaîtra le jugement la concernant. La Ligue des droits de l’Homme attend son acquittement, tant les charges retenues contre elles sont infondées.

Partie en Turquie dans le cadre d’un dispositif d’échange européen Erasmus, pour réaliser sa dernière année de licence à l’université Anadolu, dans la région d’origine de ses parents, Sevil Sevimli devait y rester de septembre 2011 à juin 2012. Interpellée le 9 mai 2012, elle a été jetée en prison à Eskisehir, dans le nord-est de la Turquie, sous l’accusation de « liens avec une organisation terroriste ». Il lui est reproché d’avoir participé, le 1er mai, à une manifestation pourtant légale, assisté à un concert de Grup Yorum, et enfin d’avoir acheté des... livres !

Libérée le 6 août 2012 et placée sous contrôle judiciaire dans l’attente de son procès qui s’est tenu le 26 septembre, Sevil Sevimli n’a pas été autorisée à quitter le territoire turc. Son cas est emblématique des plus de six cents étudiants turcs et du millier de lycéens qui croupissent dans les geôles turques, sans oublier les centaines d’autres qui font l’objet d’enquêtes, de procédures d’exclusion ou de tracasseries diverses. Depuis début septembre, des centaines de prisonniers politiques kurdes ont entamé une grève de la faim, rejoints récemment par des milliers d’autres détenus de diverses prisons turques ; alors qu’à Diyerbakir, les familles des détenus manifestent pacifiquement au quotidien pour soutenir les leurs.

La LDH attend du gouvernement turc qu’il cesse sa politique répressive des libertés publiques, civiles et intellectuelles à l’encontre de tous les esprits libres et indépendants qui tentent de s’exprimer en Turquie. La LDH considère que le verdict du 19 novembre 2012 est un signe emblématique et essentiel de l’avenir de la démocratie en Turquie.

Communiqué du Collectif de solidarité avec Pınar Selek

Samedi 10 novembre 2012

22 novembre 2012, nouvelle audience dans
le procès de Pınar Selek

Vous ne savez plus combien de fois le procès de Pınar Selek a été reporté ni combien de communiqués vous avez reçus ? Nous non plus ! 
14 ans c’est long et on ne compte plus les faux témoignages, rumeurs et fabrications de preuves, les articles diffamatoires dans les médias, les reports d’audience pour mille et une raisons, les intimidations, les acquittements et les appels de la Cour de Cassation. Torturée et emprisonnée en 1998, Pınar Selek est depuis la cible d’un acharnement politique et judiciaire qui tente de la détruire, de la réduire au silence. 
Pourquoi ? 
Nombreux sont les enjeux autour du symbole qu’est devenue Pınar Selek et ils sont pour la plupart obscurs, basés sur les rapports entre les forces politiques et militaires, entre les gouvernements successifs et leurs groupes d’appui souterrains. 
En 2002, l’AKP arrive au pouvoir avec l’intention proclamée de résoudre la question kurde. Aujourd’hui, alors que l’AKP entame son 3ème mandat, 14 000 intellectuels, principalement kurdes, sont en prison, la guerre s’intensifie et les positions se durcissent. Le gouvernement s’enlise dans la guerre, incapable de tenir ses promesses de paix.
 Alors qu’on pouvait penser que ce gouvernement mettrait fin à l’acharnement contre Pinar Selek, il semble que les nouvelles alliances dues au durcissement du conflit jouent en sa défaveur.

Les guerres ont besoin de symboles et de mensonges. Tous ceux qui tentent de s’y opposer, d’analyser les positions des uns et des autres et de créer du dialogue subissent la répression. 
C’est dans ce contexte que la prochaine audience du procès de Pınar Selek aura lieu le 22 novembre 2012.

Et dans sa lutte pour la paix et la justice, Pınar Selek n’est pas seule !


Notes

[1Voir la rubrique dédiée sur le blog d’Etienne Copeaux.

Le 15 février 2013, le tribunal de Bursa a condamné Sevil Sevimli à cinq ans de prison, peine curieusement assortie d’une autorisation de quitter le territoire ! — voir cette page : http://www.susam-sokak.fr/article-l...

[2Voir le blog dédié.


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