Toulon : la culture au temps du FN


article de la rubrique extrême droite > le FN, hier et aujourd’hui
date de publication : jeudi 24 octobre 2013
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Quelques rappels des méfaits du Front National dans le domaine de la culture à l’époque où il gérait quatre villes du midi méditerranéen – notamment Toulon où Jean-Marie Le Chevallier a gagné les élections municipales, le 18 juin 1995, à l’issue d’une triangulaire [1].

Les intentions affichées aujourd’hui dans le programme du FN concernant le domaine culturel ne semblent pas inquiétantes, mais il ne faut pas oublier la gestion idéologique autoritaire que l’extrême droite a tenté de mettre en place dans ces mairies au cours des années 90. Dans le tract qu’il diffuse actuellement, la tête de liste du FN à Toulon pour les prochaines élections municipales écrit pour le déplorer que « l’argent public est au service d’une idéologie gauchiste et mondialiste nauséabonde ». Le Front National aurait-il changé ? on peut en douter.


Tout d’abord des extraits du programme de Marine Le Pen dans le domaine culturel [2] :

La culture

1 - Redonner la parole au public : favoriser la création d’associations du public et leur donner une place dans les conseils d’administration des institutions culturelles.

2 – Favoriser l’accès de tous à la culture.

3 – Soutenir le livre et l’écrit.

4 – Valoriser notre patrimoine et notre culture.

5 – Soutenir l’exception culturelle française, c’est à dire : appliquer la priorité nationale à la culture. Encourager les grandes productions illustrant l’histoire de France.

9 – Restaurer l’indépendance de la presse écrite et audiovisuelle. Réaffirmer la neutralité politique de l’audiovisuel public.

Le programme du Front National à l’époque de Jean-Marie Le Pen :

Antenne 2, 2m 27s


À présent, quelques rappels des années 90 – pour l’essentiel, il s’agit d’événements toulonnais.

La culture au temps du FN

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La statue de Raimu ("le nain de jardin") par Louis Arride.

Enracinement dans l’identité provençale

À Toulon comme dans les autres municipalités gérées par le FN, la culture s’articule autour du triptyque « racines, tradition, identité » – entendez l’« identité provençale ».

Jean-Marie Le Chevallier ne manque pas une occasion de célébrer « Raimu le Toulonnais ». Et il fait raser la sculpture-fontaine contemporaine de l’artiste René Guiffrey – sans en informer l’artiste –, pour y planter... un olivier, « symbole de la civilisation provençale ».

La presse, le livre

À Marignane, les abonnements à Libération, à L’Événement du Jeudi et au quotidien local communiste, La Marseillaise, sont remplacés par les journaux d’extrême droite Présent, National Hebdo et Rivarol. Des ouvrages sont refusés pour raisons « économiques », tandis que 75 autres, tous rédigés par des membres du FN ou auteurs d’extrême droite, font leur apparition dans les rayons en janvier 1997.

À Toulon, dès 1996, Jean-Marie Le Chevallier met la main sur la traditionnelle Fête du livre, rebaptisée « Fête de la liberté du livre », et exige des stands de littérature d’extrême droite. « En l’organisant nous-mêmes, nous nous libérons de la dictature de Saint-Germain-des-Prés, qui fait la loi dans le monde de l’édition comme le faisaient Jean-Paul Sartre et les communistes dans les années 60 », justifie-t-il. Il invite « la Varoise BB » (Brigitte Bardot) et dénonce l’hommage à l’écrivain Marek Halter, français d’origine polonaise et juif, prévu par les organisateurs de la Fête du livre. Trop « internationaliste et mondialiste  », juge-t-il.

Les libraires toulonnais refusent d’y tenir leur stand. De nombreux écrivains et personnalités se déplacent à Châteauvallon pour rendre hommage à l’écrivain dont la présence à la Fête du livre de Toulon avait été jugée « inopportune » par le maire :

Le 22 novembre 1996, journal de France 2 (2m 15s)


La « Fête de la liberté du livre » disparaîtra au bout de trois ans.

Châteauvallon

Dès juin 1995, un long bras de fer s’engage entre Jean-Marie Le Chevallier et Gérard Paquet, créateur du Théâtre national de la danse et de l’image (TNDI) de Châteauvallon. Gérard Paquet, qui refuse de bénéficier de subventions d’une municipalité FN pour ne pas « servir d’alibi culturel au FN », décrète le site « lieu de résistance culturelle ».

Avec le soutien du préfet Jean-Charles Marchiani, le maire multiplie les procédures tandis que les intellectuels et artistes se mobilisent. En juin 1996, Le Chevallier qualifie l’invitation du groupe de rap NTM de « faute culturelle ». Le très pasquaïen préfet du Var lui prête main forte : en tant que « représentant de l’État, chrétien et homme », il subordonne la subvention de l’État à l’annulation du concert de NTM, au nom de la « morale républicaine ». NTM est déprogrammé.

Gérard Paquet est licencié le 1er février 1997, et le maire demande la dissolution de l’association de Châteauvallon. Le 13 février 1997, plusieurs centaines d’artistes participent à une manifestation qui réunit 3 à 4 000 personnes – au balcon de la mairie, l’épouse de Jean Marie Le Chevallier, nargue la foule qui demande la démission de Jean-Charles Marchiani.

13 février 1997, le 19/20 de France 3 – 1m 43s


En 1997, le maire finit par obtenir le licenciement de Paquet, avec le soutien de Marchiani.

Réécrire l’histoire

Il est intéressant de prendre connaissance des “grandes dates de l’histoire de Toulon”, telles qu’elles figurent dans le n°23, numéro spécial de Pâques 1997 intitulé "Une volonté culturelle", du Toulonnais, bimensuel "gratuit" dont la municipalité a inondé la population toulonnaise (aux frais de cette dernière ...) :

La conquête de l’Algérie, bien sûr ! Louis XVII ... Mais pas de Révolution française, ni de sabordage de la flotte française à Toulon en novembre 1942 ...

Notes

[1Au second tour de l’élection municipale de juin 1995, la liste Le Chevallier a obtenu 37 % des suffrages exprimés, contre 35 % à la droite (François Trucy) et 28 % à la gauche (Christian Goux.

[2Source :
le Projet complet du Front National (106 pages).


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