Toulon 1995-2001 : la gestion calamiteuse du FN


article de la rubrique extrême droite > le FN, hier et aujourd’hui
date de publication : samedi 14 septembre 2013
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Toulon est la seule ville de plus de 100 000 habitants que l’extrême droite a pu gérer. Les faits sont implacables : après sa victoire aux municipales de 1995, la gestion de Toulon par le FN s’est caractérisée par la médiocrité, le clientélisme et ... moult déboires judiciaires. Ce qui a laissé un véritable boulevard à Hubert Falco (UMP) lors des municipales de 2001.

Le FN s’est déconsidéré à Toulon, mais, comme dans une grande partie du Sud-Est, ses thèses ont prospéré : « C’est vrai qu’ici, le fait d’être raciste est considéré comme une opinion, pas comme un délit » [1]. Et depuis que Nicolas Sarkozy a fait sauter le tabou, la droite est devenue poreuse : pour s’épanouir, l’extrême droite peut compter sur des complicités à droite, notamment chez les élus de la Droite populaire.

Ci-dessous un rappel des faits les plus saillants de la gestion frontiste de Toulon entre 1995 et 2001. [2]


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Quand le FN est aux affaires, les mains ne sont plus très propres ...

Et la mairie FN laissa Toulon en rade

La Marseillaise, éd. du Var, le 14 septembre 2013


Municipales de 1995. A la veille du scrutin, Toulon est encore sous le choc des contrecoups de l’assassinat de la députée Yann Piat, traduits en Rade par le dossier Arreckx, du nom de l’ancien maire UDF. Un empilage invraisemblable de malversations, de détournements et de mariages dangereux entre monde politique et grande truanderie.

Le maire sortant (UDF) François Trucy, ancien adjoint d’Arreckx, n’a pas su regagner la confiance des Toulonnais, extrêmement choqués et déçus. La défiance du corps électoral à l’égard de la droite locale est à son comble.

La gauche locale est désunie. Le PS part à la joute persuadé qu’il peut prendre la ville à la droite sortante au profit d’une triangulaire. Las, son candidat Christian Goux, arrivera derrière François Trucy, lui-même battu par le candidat FN Jean-Marie Le Chevallier. Toulon devient la première ville de plus de 100 000 habitants tombée aux mains du FN.

La gabegie au quotidien

Les six années de la mandature seront catastrophiques. Il ne faudra que quelques mois à Le Chevallier pour casser ce qu’il y avait à casser et pour mettre au jour l’incurie de son équipe, l’incapacité à gouverner de son parti, dévoiler le caractère odieux des idées fondamentales du FN appliquées à la gestion municipale.

Le maire de Toulon gouverne principalement avec son épouse
Cendrine, adjointe à la Jeunesse, mais aussi avec son mentor et chef de cabinet Jean-Claude Poulet Dachary, accessoirement chef de la sécurité et patron du DPS, le Département de protection et sécurité du FN local.

Le Théâtre national de la danse et de l’image de Châteauvallon est démantelé. La Fête du livre est transformée en tribune exclusive réservée aux auteurs d’extrême-droite. L’écrivain juif Marek Halter est interdit d’accès le 21 avril 1996, ce qui provoque un tollé national.

Cendrine craque son budget dans une association qu’elle préside, Jeunesse toulonnaise. Une pompe à fric où l’on embauche parents et amis aux fins de « former » la jeunesse locale. La gestion de l’organisme est catastrophique. L’association fait faillite, laisse une ardoise de 2,5 millions d’euros (15 millions de francs à l’époque) et les époux Le Chevallier seront condamnés, en 1999, à huit mois de prison avec sursis et 15 000 euros d’amende pour détournement de fonds publics et complicité d’abus de confiance [3].

Tout de la conduite des affaires communales est à l’avenant : dépenses somptuaires de représentation mais casse des services sociaux ; arrêt des subventions au Secours populaire ou à la Fédération des oeuvres laïques, mais 40 000 francs accordés aux Amis des chats...

Auparavant, Dachary fut retrouvé assassiné dans son immeuble de la Basse ville. Le maire veut faire croire à un attentat politique, trouvant même des « témoins » pour étayer la thèse dans les range du DPS. La justice établira qu’il avait été occis par son amant, banale histoire de mauvaise rencontre...

Les Toulonnais ont donc vite compris qu’après les comptes « Charlot » du folklorique « Mau-Mau » Arreckx, ils étaient tombés sur pire. Ne restait du « FN, tête haute et mains propres », slogan de 95, que terre exsangue et opprobre généralisée à l’égard d’une ville qui ne méritait pas ça. Sont-ils guéris pour autant ? Pas sûr :.au premier tour de la présidentielle 2012, Marine Le Pen (23,37%) arrivait à Toulon derrière Nicolas Sarkozy (32,21%) et devant François Hollande (22,98%).

Claude Gauthier


Notes

[1Alain Parisot, Les Inrocks du 11 octobre 2012.

[2Une page comportant de nombreux compléments : « Le FN en ses mairies : affaires, condamnations en série et clientélisme ».

[3Voir L’épilogue ruineux de Jeunesse toulonnaise par David Coquille, La Marseillaise du 4 janvier 2011.


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