TPM : “nous n’avons pas de solution” pour les familles expulsées de La Chaberte


article de la rubrique roms et gens du voyage > la Chaberte et ses suites
date de publication : samedi 16 février 2013
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Des représentants des gens du voyage expulsés jeudi de la Chaberte, et des membres d’associations ont été reçus durant près de deux heures, vendredi matin au siège de l’agglo TPM. Une dizaine de policiers équipés pour le maintien de l’ordre attendaient la délégation, rue Gimelli à Toulon. Mais, comme la veille lors de l’évacuation de La Chaberte, il n’y a eu aucun incident.

La réunion a notamment porté sur un terrain de substitution à proposer à ces familles sédentarisées depuis une dizaine d’années à La Garde. Il avait été convenu de reprendre contact à 17 heures. Mais à l’heure dite, la délégation a trouvé porte close. Et TPM a fait savoir : « de toute manière, aujourd’hui nous n’avons pas de solution » (La Marseillaise).


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Les familles ont passé leur première nuit à La Valette, sur le parking de Babou, à Barnéoud. (Photos Patrick Blanchard)

Pas de terrain d’entente entre TPM et les « ex-Chaberte »

par Sylvain Mouhot, Var-Matin le 16 février 2103


24 heures après avoir été expulsés en douceur par la police, et après un jeu de dupes avec la communauté d’agglo hier, l’exaspération gagne les gens du voyage sédentarisés de la Chaberte.

Après dix ans vécus en communauté à La Chaberte, les familles de gens du voyage sédentarisés (60 adultes, 20 enfants) ont passé leur première nuit à La Valette, sur le parking de Babou. « Une nuit difficile. Par manque de gazole, on n’a pas pu faire tourner les poêles », disait l’un d’eux, hier matin. Les enfants en bas âge demeurent la première préoccupation. Leurs aînés auront manqué deux jours d’école avant les vacances. La veille, jeudi, à l’aube, ces familles n’avaient opposé aucune résistance aux CRS venus appliquer « en douceur » une ordonnance de référé du TGI de Toulon. Hier, en fin de matinée, leur porte-parole, Pierre Karl, des responsables associatifs et représentants de partis de gauche ont été reçus au siège de TPM par Philippe Schiltz, directeur de cabinet du président Hubert Falco, et Valérie Paecht-Luccioni, directrice générale adjointe.

Vrai-faux rendez-vous, vrai jeu de dupes

Après deux heures de réunion, le conseiller régional PCF Alain Bolla a confié : « Les responsables de TPM sont conscients de la problématique, mais ils n’ont pas encore décidé de la régler. Il n’est pas question qu’on lâche ce combat, il en va de la dignité des personnes. Qu’importe ce que chacun pense des gens du voyage, ce n’est pas la question, mais il est inacceptable de laisser des femmes et enfants dormir dehors. »

Deux terrains ont été évoqués par les gens du voyage, dont l’un est la propriété de l’État aux Ourlèdes (Hyères). « Les politiques publiques sont là pour être au service de la population, et non l’inverse. C’est à l’État ou à TPM de trouver une solution, mais les deux se renvoient la balle », s’est insurgé Alain Bolla.

Il était alors 13 heures passées, et la promesse d’un nouveau rendez-vous avec TPM à 17 h (selon les dix défenseurs des gens du voyage) pouvait laisser augurer d’une tentative de solution. Fût-elle à la dernière minute... À l’heure dite, hélas, le collectif s’est heurté à une porte close. Et pour cause, selon Valérie Paecht (TPM) « Il n’a jamais été question d’un nouveau rendez-vous. Vous pensez bien que si nous avions fixé un rendez-vous, nous l’aurions honoré. Et puis, ce n’est pas en quatre heures qu’on peut résoudre un problème posé depuis quatre ans et plus. »

Ce jeu de dupes n’est malheureusement pas sans conséquence. Déjà résolus à bloquer l’autoroute avant d’être reçus par TPM, les leaders de la communauté pourraient décider d’une action d’éclat. Jeudi, ils avaient déjà créé une jolie pagaille autour de la Grande Tourrache et sur l’A570.

La situation reste intenable

En gage de bonne volonté, pour ne pas gêner les commerces du centre
commercial Barnéoud, les caravanes ont migré hier dans un coin du parking. La police a fait savoir qu’elle n’interviendrait pas dans l’immédiat.

« On leur a proposé à plusieurs reprises des solutions de relogement » déclare de son côté, le préfet du Var, Laurent Cayrel. Ils sont responsables de leur situation. Je ne suis pas chargé de reloger les gens du voyage. »

La situation reste cependant intenable à Barnéoud, dans ce qui deviendra le complexe habitat-commerce « Famille Passion » Ce sont trois groupes distincts de gens du voyage qui occupent dorénavant la place. Ceux de La Chaberte donc, mais aussi deux autres groupes installés devant les locaux désaffectés du fabricant de meubles CBC et sur le parking de Promo Cuisine.

Où aller ?

Les « ex-Chaberte » reconnus par loi comme « sédentarisés
en habitat mobile » (les caravanes). « Les représentants de l’État nous disent que leur mode de vie est reconnu officiellement, mais que rien n’est prévu par les pouvoirs publics pour les accueillir », livre Xavier Hardy, du Réseau éducation sans frontière. Le schéma départemental d’accueil des gens du voyage prévoit bien des aires d’accueil temporaire ou des aires de grand passage pour les grandes communautés itinérantes. Mais rien pour les gens du voyage sédentarisés.

Le groupe étant composé de personnes des mêmes familles, il ne
veut pas être séparé dans des logements sociaux. Ni renoncer à ses habitations mobiles. La solution pourrait être de trouver des terrains privés, des propriétaires étant prêts à négocier. Mais cette option se heurte aux plans locaux d’urbanisme et aux maires qui refusent la présence de gens du voyage sur leur territoire.


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