Ségolène Royal récidive : un encadrement militaire pour les mineurs délinquants


article de la rubrique discriminations > “violence” des jeunes
date de publication : samedi 30 juillet 2011
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Parmi les 50 propositions du député UMP Eric Ciotti, visant à mieux encadrer l’exécution des peines, figure une forme de service civique sous contrôle militaire pour les mineurs récidivistes. Une mesure récusée par le Syndicat de la magistrature : « C’est une insulte faite aux éducateurs de croire qu’il peuvent être remplacés par des militaires, qui ont par ailleurs autre chose à faire », assure Mathieu Bonduelle.

Début juin 2011, puis fin juillet 2011 à Toulouse, Ségolène Royal s’est à nouveau déclarée « favorable à l’encadrement militaire des [jeunes] délinquants », une mesure inscrite dans son programme présidentiel de 2007 qu’elle propose à nouveau d’expérimenter à La Rochelle.

Après le commentaire de Jean-Pierre Rosenczveig, cette page propose de revenir cinq ans en arrière, de relire certaines des déclarations d’alors, et de terminer en donnant la parole à ... Jacques Prévert.

[Mis en ligne le 7 juin 2011, mis à jour le 30 juillet 2011]



“Il leur faudrait une bonne guerre”

Sur le fond cette idée de mobiliser l’armée chère à M. Ciotti et aussi chez des gens comme Ségolène Royal participe de la même démarche simpliste : l’autorité est la valeur première. Il faut mater les récalcitrants. Il faut leur faire peur – la crainte de la sanction sera la meilleure des préventions avance-t-on pour justifier un droit pénal de sanction à l’acte – ; il faut les cadrer, y compris par en faisant preuve d’autorité. Et puis il faut leur inculper quelques valeurs qui leur aurait échappé : l’honneur, patrie, la nation, le drapeau.

On vient de voir en Norvège combien ce discours mal digéré pouvait être dangereux.

Jean-Pierre Rosenczveig, juge des enfants
(sur son blog, le 30 juillet 2011 )


2006 : Madame Royal dans le texte

Le Monde des 2 et 6 juin 2006


En déplacement à Bondy, en Seine-Saint-Denis, le 31 mai 2006, Ségolène Royal a critiqué « la faillite du ministre de l’intérieur », Nicolas Sarkozy, en matière de sécurité. « Il faut une reprise en main lourde », a-t-elle déclaré, afin de « recadrer » les jeunes fauteurs de troubles et de « remettre au carré » les familles. Elle a proposé :

  • « La mise sous tutelle provisoire des allocations au premier acte d’incivilité de l’enfant » et « l’obligation pour les parents de suivre un stage de parents non pour les humilier (...) mais pour regrouper les mamans ».
  • La création d’« éducateur sportifs » pour assister les enseignants.
  • Le retrait, au niveau des collèges, « des élèves qui perturbent la vie scolaire » et « le placement d’office dans des internats-relais de proximité ».
  • Le placement dès 16 ans, « au premier acte de délinquance », dans « des établissements à encadrement militaire » pour des projets « humanitaires ».

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Délinquance des mineurs : quand Ségo fait du Sarko

Communiqué du 1er juin 2006 du Syndicat de la magistrature


Les déclarations de Ségolène Royal le 31 mai à Bondy sur la délinquance des mineurs augurent bien mal de la campagne électorale à venir.

En proposant de placer, “dès la première infraction”, à partir de l’âge de 16 ans des mineurs dans des lieux “à encadrement militaire” ou de mettre sous tutelle les prestations familiales dès “le premier acte d’incivilité”, Ségolène Royal aggrave encore la mise à l’écart des mineurs et la pénalisation des familles, choix qui ont été privilégiés depuis 2002, et que Nicolas Sarkozy préconise dans son projet de loi sur la “prévention de la délinquance” actuellement en préparation.

En choisissant, dans la tonalité générale de son propos, d’être dans la surenchère démagogique, Madame Royal prend la responsabilité d’installer la question sécuritaire au coeur de la campagne, comme ce fut le cas en 2002 à l’initiative de Jacques Chirac. Plus grave, elle fait des mineurs délinquants la cause de tous les maux de notre société, au détriment d’une analyse globale. La responsabilité de la gauche, sur ce sujet, est tout au contraire de fonder son action sur la préférence pour l’éducation, et de refuser les solutions simplistes, par ailleurs inefficaces.

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Extraits du blog de Jean-Pierre Rosenczveig

Le 23 mai 2006 [1]

Que faut-il à tous ceux qui nous gouvernent, de droite comme de gauche pour entendre une bonne fois pour toute que la société sera mieux protégée si elle développe une politique de l’enfance qui s’entend par

  • une politique familiale comprenant une stratégie de l’accueil de l’enfance et de rythme de vie, une stratégie de soutien à la parentalité,
  • une politique sociale notamment de revenus et du logement,
  • une politique d’insertion notamment visant les populations les plus fragiles et celles issues de l’immigration populaire ( statut des personnes, séjour, droit de vote local, etc.),
  • et par la promotion de la citoyenneté (droit de participation, liberté d’expression individuelle et collective via les associations notamment).

Concrètement et conjoncturellement il s’agit de veiller à ce que la protection de l’enfance ne se confonde pas avec la protection de la société.

Le 1er juin 2006 [2]

Comment croire que ces mesures peuvent être d’un quelconque effet sur la récidive de la délinquance et a fortiori sur la prévention de la délinquance des jeunes ? Elle sont dans le registre de l’exorcisme, de la bonne conscience. On fustige les victimes pour oublier les auteurs !

Le 5 mai 1982, à Matignon, dans l’ambiance sécuritaire de l’époque où la gauche se voyait accusée de laxisme, en conseil interministériel Robert Badinter, ministre de la justice, lançait à Gaston Deferre ministre de l’intérieur en soutien à Nicole Questiaux, ministre des affaires sociales à l’époque très critiquée : « Quand la gauche veut faire la politique de la droite elle ne fait jamais aussi bien qu’elle ! Faisons notre politique ! » A l’époque le cabinet de Gaston Deferre avançait l’idée de réouvrir Cayenne, d’envoyer les jeunes jeunes à la campagne et dans des camps, de promouvoir ... l’engagement dans l’armée.

J’attends la femme ou l’homme politique qui nous sortira rapidement de l’alternative kärcher-armée.

Chasse à l’enfant

Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !

Au-dessus de l’île on voit des oiseaux
Tout autour de l’île il y a de l’eau

Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !

Qu’est-ce que c’est que ces hurlements

Bandit ! Voyou ! Voyou ! Chenapan !

C’est la meute des honnêtes gens
Qui fait la chasse à l’enfant

Il avait dit j’en ai assez de la maison de redressement
Et les gardiens à coup de clefs lui avaient brisé les dents
Et puis ils l’avaient laissé étendu sur le ciment

Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !

Maintenant il s’est sauvé
Et comme une bête traquée
Il galope dans la nuit
Et tous galopent après lui
Les gendarmes les touristes les rentiers les artistes

Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !

C’est la meute des honnêtes gens
Qui fait la chasse à l’enfant

Pourchasser l’enfant, pas besoin de permis
Tous le braves gens s’y sont mis
Qu’est-ce qui nage dans la nuit
Quels sont ces éclairs ces bruits
C’est un enfant qui s’enfuit
On tire sur lui à coups de fusil

Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !

Tous ces messieurs sur le rivage
Sont bredouilles et verts de rage

Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !

Rejoindras-tu le continent rejoindras-tu le continent !

Au-dessus de l’île on voit des oiseaux
Tout autour de l’île il y a de l’eau.

Jacques Prévert [3]


P.-S.

Faut-il y voir les prémices de la réouverture prochaine de maisons de correction ?

Notes

[3Ce poème de Jacques Prévert, extrait de Paroles, éditions Gallimard, évoque la mutinerie d’août 1934 à Belle-Île-en-Mer. Après que les moniteurs aient tabasser un pupille, les jeunes détenus se sont soulevés et enfuient. Une prime de 20 francs a été offerte à quiconque capturerait un fugitif.
Cette mutinerie a déclenché une campagne de presse demandant la fermeture de bagne d’enfants.


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