Sanary : pas de place pour les gens du voyage


article de la rubrique roms et gens du voyage > gens du voyage dans le Var
date de publication : samedi 8 août 2009
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Le 6 août 2009, à la demande de riverains et de propriétaires, la police expulse des gens du voyage d’un terrain privé “squatté” depuis plusieurs mois par dix à vingt caravanes, sur les hauteurs de Sanary.

Une scène qui aurait tendance à devenir banale dans le Var.
Il faut rappeler que le département est hors la loi pour ce qui concerne le respect de la loi Besson : comme Sanary, la plupart des communes varoises de plus de 5 000 habitants ne comportent aucune aire d’accueil pour les gens du voyage.

« Si les gens du voyage reviennent chez nous, qu’est-ce qu’on fait ? » demandait récemment une riveraine des terrains occupés par une mission évangélique à La Garde en juin dernier. La réunion publique organisée début juillet par l’association de défense du Plan-de-La-Garde (ADPLG) a mis en évidence « l’ampleur du malaise devant l’absence de solutions des autorités ». « Nous voulons que les maires et le préfet prennent leurs responsabilités » devait déclarer la présidente de l’association qui a décidé d’adresser un courrier à tous les maires « afin qu’ils se positionnent sur les terrains d’accueil des gens du voyage ». Dans l’attente d’une entrevue avec le nouveau préfet « qui doit mettre en place le schéma directeur départemental pour les aires de grand passage », elle lui a demandé de réquisitionner des terrains pour accueillir « ces personnes-là » (sic). [1]


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Le terrain squatté (Photo Dylan Meiffret)

Des riverains se rebiffent contre les gens du voyage

par Marielle Valmalette, Var Matin, le 6 août 2009


Chemin de la Grande Bastide. Dans ce quartier huppé, sur les hauteurs de Sanary et à la limite de Bandol, les gens du voyage arrivés il y a plusieurs mois détonnent. Début avril, une première vague de caravanes s’est installée sur un terrain privé de 3 480 mètres carrés. Depuis, le bal des nomades ne s’est pas interrompu. Entre dix et vingt caravanes squattent le terrain en permanence. Les riverains sont en train d’organiser une véritable fronde à l’encontre de cette population qu’ils jugent indésirable.

Nuisances et risque incendie

La plupart des propriétaires n’ont pas directement vue sur les gens du voyage. Mais selon eux, les nuisances sont insupportables. « Ils arrivent avec leurs camions. Dedans, ils ont leur lave-linge et leur frigo. Ils déversent leurs eaux usées sur le terrain et font leurs excréments derrière les boites aux lettres », explique Édouard A., dont la villa s’élève au bout d’un chemin de terre, à quelques dizaines de mètres des gens du voyage. « Nous, nous payons l’eau et l’électricité. Eux se repiquent sur les poteaux électriques et les compteurs d’eau en toute illégalité », dénonce Bernard D., un autre habitant du quartier.

Surtout, les riverains craignent que l’occupation sauvage de ce terrain ne déclenche un incendie. « On est en pleine forêt. Les gens du voyage font leur barbecue. Il y un vrai risque de départ de feu », soutient Véronique B.. Et de marteler : « On a payé cher pour être ici et vivre tranquillement. On veut que les élus prennent leurs responsabilités ».

Pas d’aire d’accueil

Le terrain étant privé, la municipalité ne peut pas requérir la force publique pour faire expulser les gens du voyage. En revanche, sa responsabilité est engagée dans la mesure où la commune ne possède pas d’aire d’accueil.

C’est d’ailleurs l’argument des gens du voyage. « On ne demande pas mieux que de s’installer sur des aires d’accueil et de payer quelque chose. Mais il n’ y en a pas, les maires ne respectent pas la loi », explique Noël, qui travaille essentiellement entre La Seyne et l’Ouest-Var avec sa famille.

«  On ne sait pas où aller », renchérit Erédia, un homme d’une soixantaine d’années. « On est des gens droits. On travaille et on ne dérange personne. Mais on subit cette mauvaise image des gens du voyage », affirme-t-il.

En attente d’expulsion

Les habitants ont lancé une pétition qu’ils vont adresser au préfet. Ils ont également pris contact avec Martine Floras, représentant les cinq propriétaires du terrain. Celle-ci a déposé trois plaintes depuis le 2 avril puis un référé au tribunal administratif demandant une expulsion. Les riverains ont également déposé une plainte collective le 31 juillet dernier. Le jugement doit être prononcé au tribunal administratif de Toulon dans les prochains jours.

La ville en négociation pour racheter le terrain squatté

« La ville n’est pas directement concernée car il s’agit d’un terrain privé.
C’est aux propriétaires d’engager un référé au Tribunal administratif pour obtenir une expulsion
 », commente l’adjoint à l’environnement, Jean-Luc Granet. Ceci dit,
la municipalité a trouvé une parade pour tranquilliser les habitants du quartier. « On va régler le problème en rachetant le terrain. Nous sommes en négociation avec les propriétaires pour acquérir trois parcelles, dont celle où sont installés les gens du voyage », explique l’élu. La commune achèterait ainsi 8 à 10 000 m² « inconstructibles ». La ville chercherait-elle à accélérer l’expulsion des gens du voyage en devenant propriétaire des terrains ? En fait, le préfet peut être directement saisi par une collectivité et prononcer le recours à la force publique... mais seulement lorsque la commune est en conformité avec la loi Besson. En effet, toutes les villes de plus de 5 000 habitats doivent mettre à disposition des nomades une aire d’accueil. « Il est prévu 12 places dans le Plan local d’urbanisme. Mais il a été suspendu ce qui va retarder l’aménagement de l’aire. De plus, cela ne réglera pas le problème car le nombre de places restera insuffisant », conclut Jean-Luc Granet.

Marielle Valmalette


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Les gens du voyage expulsés de leur campement

par Marielle Valmalette, Var Matin, le 7 août 2009


Hier, vers 16 heures, la police nationale est intervenue pour expulser sept caravanes, soit une vingtaine de gens du voyage installés sur un terrain privé, chemin de la Grande Bastide. Les propriétaires de la parcelle avaient, en effet, déposé un référé au tribunal administratif de Toulon (lire notre édition d’hier).

Le jugement est tombé mercredi et était connu des gens du voyage. « Ils avaient 24 heures pour quitter les lieux. Comme ils ne sont pas partis, nous sommes venus faire exécuter la décision de justice. Avec tact et diplomatie, même si ce n’est pas simple », explique sur place l’huissier en charge du dossier.

« On ne sait pas où aller »

Les gens du voyage ont tenté de retarder l’échéance, demandant un délai jusqu’à dimanche. « Ils ont refusé. Ils ont menacé de nous envoyer la remorqueuse...  », explique M. Eredia, qui campait ici depuis avril avec sa femme, sa fille et son petit-fils.

Petit à petit, le terrain se vide et les caravanes se garent à la "queue-leu-leu" sur la route. « On ne sait pas où aller. Toute ma famille est ici. Nos enfants sont scolarisés à La Seyne. On est comme des sédentaires », explique Sabrina. « On va reprendre la route, chercher un autre terrain. On a l’habitude... », conclut Mme Erédia.

En fin d’après-midi, alors que presque toute les caravanes étaient évacuées, l’adjoint à l’environnement, Jean-Luc Granet, attendait encore sur place le tractopelle. « On va labourer le champ pour que les gens du voyage ne viennent plus s’installer ici », explique-t-il [2].

Juste à côté, les terrains appartenant aux mêmes propriétaires ont d’ailleurs subi le même sort. La ville, en négociation pour racheter les parcelles, a l’intention de les clôturer et d’en faire des terres agricoles.

Marielle Valmalette


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La police est intervenue le 6 août pour expulser les squatters. (Photo Eric Estrade)

Notes

[1Toutes les citations de ce paragraphe sont extraites de l’article « Squat des gens du voyage : les habitants attendent des solutions », Var Matin du 8 juillet 2009.

[2[Note de LDH-Toulon] – Sanary ne fera ainsi que suivre l’exemple de la commune de Fréjus dont le sénateur-maire, Elie Brun, n’avait pas hésité en août 2008 à faire labourer les pelouses de la ville pour empêcher les gens du voyage de s’y installer.


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