Saddam Hussein : peine de mort et barbarie


article communiqué de la FIDH et communiqué de la LDH  de la rubrique peine de mort > dans le monde
date de publication : jeudi 4 janvier 2007
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La Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme et la LDH rappellent leur opposition à la peine de mort, en toute circonstance et en tout lieu.

[Première mise en ligne, le 5 nov. 2006,
mise à jour, le 4 janvier 2007.]

COMMUNIQUÉ LDH

Paris, le 31 décembre 2006

Saddam Hussein : peine de mort et barbarie

L’exécution de Saddam Hussein est exemplaire de l’Irak d’aujourd’hui : la barbarie de la peine de mort y fait suite à une mascarade judiciaire au milieu d’un pays livré à la guerre civile et à la violence généralisée.

Saddam Hussein était un odieux tyran, et la Ligue des droits de l’Homme a condamné à maintes reprises son régime criminel. Mais précisément l’immense majorité de ces crimes ne seront jamais jugés, et ce n’est pas un hasard : ils n’ont pu être commis que grâce à la passivité, voire à la complicité des Etats occidentaux. Il fallait donc que Saddam Hussein disparaisse avant qu’un procès digne de ce nom n’ait pu le démontrer.

Répondre au meurtre par le meurtre, à l’arbitraire par l’arbitraire, à la haine par la haine, c’est entretenir ce que l’on prétend combattre. Les conditions de la détention, du pseudo-jugement puis du meurtre légal de Saddam Hussein sont indignes des valeurs au nom desquelles on a dit vouloir renverser son régime. Elles ne pourront qu’aggraver l’effroyable gâchis créé en Irak par une intervention illégale et irresponsable. L’ensemble des peuples de la région, à commencer par les victimes de Saddam Hussein, subiront les conséquences de ce nouveau crime.

A Baghdad comme à Dallas, à Téhéran, à Ryad ou à Pékin, la peine de mort ne sert que la vengeance, pas la justice.

Communiqué de la FIDH

le 5 novembre 2006

La FIDH dénonce avec la plus grande fermeté la condamnation à mort par pendaison, prononcée aujourd’hui par le Haut tribunal pénal irakien, contre l’ancien dictateur Saddam Hussein, et aussi Barzan Ibrahim al-Tikriti, ancien patron des renseignements, et Awad Ahmed al-Bandar ancien président du tribunal révolutionnaire.

La FIDH avait dénoncé les crimes pour lesquels ils étaient jugés : le meurtre de 148 chiites à Dujail et la destruction massive de propriétés, en représailles à une tentative d’assassinat contre l’ex dictateur en 1982.

La FIDH avait appelé au jugement de Saddam Hussein, et d’autres dignitaires irakiens, pour leur responsabilité présumée dans les crimes contre l’humanité perpétrés durant la dictature irakienne, et avait ainsi qualifié de « pas positif » dans la lutte contre l’impunité, l’ouverture de ce procès. Toutefois, la FIDH s’était inquiétée quant à la capacité du tribunal de garantir une procédure équitable aux accusés. Elle s’était prononcée en faveur de la mise en place d’un tribunal à composition mixte, dont la présence de juges et de personnels internationaux aurait dû garantir une justice équitable.

« Ce Tribunal irakien aurait du rendre une justice équitable et conforme aux standards internationaux bien reconnus. Il aurait ainsi pu contribuer au rétablissement de la justice en Irak. Il aurait dû révéler une vérité tant attendue par les victimes, sur les violations massives des droits de l’homme et la responsabilité effective des auteurs. Au lieu de cela, ce tribunal s’est caractérisé par les violations répétées du droit à un procès équitable.

Violant les normes protectrices des droits de l’Homme, ce tribunal a gravement failli à sa mission », déclare Sidiki Kaba, président de la FIDH. « Cette condamnation à mort sèmera plus de violences et de volonté de vengeances en Irak. Il s’agit surtout d’un règlement de compte, qui bafoue la dignité et le droit des victimes ».

La FIDH exprime une fois de plus son opposition à la peine de mort, en toute circonstance et en tout lieu. La FIDH rappelle que la peine de mort est fondamentalement contraire à la dignité de l’être humain proclamée par la Déclaration universelle des droits de l’homme et que son abolition est visée par plusieurs instruments internationaux notamment par le Protocole facultatif au Pacte international sur les droits civils et politiques. Son effet dissuasif n’a jamais été établi. La FIDH rappelle aucune juridiction pénale internationale contemporaine, y compris la Cour pénale internationale, n’autorise la peine capitale.

La peine de mort et la prison à vie donnent lieu à une procédure d’appel automatique. Si la peine de mort est confirmée, elle devra être appliquée dans les 30 jours.

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COMMUNIQUÉ LDH

Paris, le 6 novembre 2006

Saddam Hussein condamné à mort par pendaison

L’ancien dictateur irakien vient d’être condamné à être pendu par un tribunal ad hoc pour avoir ordonné le meurtre d’habitants de Dujail, une ville shiite au nord de Bagdad en 1982, après une tentative d’assassinat le visant. Ce verdict n’étonne pas la Ligue des droits de l’Homme qui le 15 décembre 2003 demandait « un procès équitable, devant une juridiction indépendante et qui exclut la peine de mort. La vérité doit être faite sur la totalité des agissements de Saddam Hussein et sur les complicités nationales ou internationales dont il a bénéficié ».

Le tribunal spécial qui vient de condamner à mort Saddam Hussein pour crime contre l’humanité et dans des circonstances parfois partiales et qui ne rendent pas justice aux victimes, met en forme juridique l’annonce du Premier ministre irakien, Nouri Al-Maliki qui déclarait mercredi 18 octobre : « la sentence de mort sera bientôt prononcée contre le tyran Saddam et ses acolytes ». Et ce verdict est prononcé alors que le dictateur déchu fait actuellement l’objet d’un second procès concernant la campagne Anfal et ses 50 000 morts dans le Kurdistan irakien arrosé de gaz toxiques à partir de 1988. Enfin un troisième procès est en cours d’instruction. Il s’agirait cette fois de juger Saddam Hussein pour l’assassinat de 100 000 Irakiens shiites se soulevant contre le régime à la fin de la première guerre du Golfe en 1991.

Cette condamnation à mort et l’exécution qui suivra dans quelques semaines ou quelques mois, comme toutes les condamnations à mort et les exécutions capitales, perpétrées depuis 2004 et le rétablissement de la peine de mort en Irak par le prédécesseur de Nouri Al-Maliki, relève de l’acte dérisoire tant le degré de violence et de souffrance imposé par l’occupation militaire et la guerre civile est inhumain. De ce point de vue, l’exécution du tyran ne peut que contribuer à semer un peu plus le chaos et à éloigner un peu plus le gouvernement irakien du respect des droits de l’Homme.

Si le président Bush trouve ce verdict « raisonnable » – mais que peut-on attendre de la part d’un homme qui dans l’exercice de sa fonction de gouverneur du Texas a signé 143 ordres d’exécution ? – la LDH en revanche s’insurge et s’insurgera toujours et dans tous les cas contre le recours à une peine cruelle, inhumaine et dégradante.

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Nous sommes tous contre la peine de mort, y compris pour les criminels les plus odieux,
mais, posons la question :


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