Roms de La Loubière : les associations restent vigilantes


article de la rubrique roms et gens du voyage > à Toulon
date de publication : vendredi 20 juin 2014
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Une délégation de six personnes représentant le milieu associatif — RESF, RUSF et LDH Toulon — a été reçue en préfecture de Toulon, vendredi 20 juin, en fin de matinée. Emmanuel Dupuis, directeur de cabinet du préfet du Var, leur a donné l’assurance que les familles roms, qui ont été expulsées le 5 juin dernier de leur squat de La Loubière et qui sont provisoirement hébergées en hôtel, ne seraient pas mises à la rue.
La recherche d’une solution pérenne pour les familles avec enfants sera poursuivie, notamment avec l’association Sichem. La délégation a exprimé le souhait qu’un comité de suivi soit mis en place, comme le prévoit la circulaire du 26 août 2012 ; cela permettrait d’associer les collectivités territoriales concernées et les associations engagées dans les actions d’insertion.

Ci-dessous le compte-rendu publié le 20 juin dans le quotidien La Marseillaise d’une conférence de presse donnée par le collectif, mercredi 18 juin, au Grand café de la rade.


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Une mère de famille embarque son barda le jour de l’expulsion (Bruno Isolda/La Marseillaise)

« Élus et pouvoirs publics doivent assumer leurs responsabilités »

par Thierry Turpin, La Marseillaise, le 20 juin 2014


Roms : Les organisations associatives et politiques donnent l’alerte sur le traitement indigne de la République réservé à ces populations

« Nous sommes là pour alerter l’opinion publique, ainsi que les autorités de notre département, sur la gravité du sort réservé à ces familles roms roumaines de Toulon », commence Xavier Hardy le coordinateur de Réseau éducation sans frontière. Il s’exprime alors au nom du comité de vigilance riche d’une vingtaine d’associations citoyennes et partis politiques de gauche qui vient, de fait, de se constituer [1].

Le collectif s’appuie, entre autres, sur l’expulsion exécutée le 5 juin, de 4 familles (11 adultes et 7 enfants), dans l’agglomération toulonnaise depuis de nombreuses années. « Sans logement ou hébergement correct, vivant dans des squats ou bidonvilles, elles subissent expulsion après expulsion, avec souvent un argument réel des donneurs d’ordre : leurs conditions de vie catastrophiques. Les décideurs, dans ce département, n’ont pas d’autres réponses : on expulse, on met les familles à la rue. »

« Ces gens ont dû vivre sous la pluie, leurs couverture étaient trempées », précise François Nadiras pour la LDH. C’est d’ailleurs « grâce » à ces intempéries qu’un petit répit vient de leur être accordé depuis avant-hier, et ce jusqu’à mardi prochain : les familles ont été mises à l’abri à l’hôtel... « Puis retour à la rue ! C’est indigne »

« Les Roms sont les parias de notre société. Ils subissent les discours de haine ou de rejet à tous les niveaux : voisins ou riverains, responsables politiques ou membres du gouvernement », poursuit Xavier.

Il rappelle que l’actualité est hélas riche d’affaires qui illustrent ces attitudes de rejet qui vont parfois jusqu’au passage à l’acte le plus barbare. « Chacun a entendu parler du massacre d’un jeune Rom à Pierrefitte-sur-Seine le 13 juin dernier », continue-t-il.

« Les moyens existent, manque juste la volonté politique »

Une situation d’extrême urgence sociale qui impose, selon le collectif, une réponse rapide des pouvoirs publics. D’autant, et les militants tiennent à souligner ce curieux paradoxe, que les moyens existent. En l’occurrence, des fonds de l’Union européenne, qui ne sont pas, ou très peu, utilisés.

Ils demandent donc au préfet, au maire de Toulon, président de TPM... « d’assumer leurs responsabilités ». « Ces personnes ont des droits, vous devez les traiter avec la dignité qui leur est due, comme à toute personne vivant dans notre pays. Vous ne pouvez les traiter avec le mépris que signifie pour eux votre silence ».

Le collectif réclame donc, pour commencer, que l’association Sichem qui accompagne habituellement ces familles — mais qui n’avait pas été prévenue de l’expulsion ! — soif associée à la recherche de solution pérenne. « En urgence, elle doit disposer de véritables moyens pour répondre aux besoins élémentaires de ces familles. »

Puis, continuant d’interpeller directement le représentant de l’État : « Nous vous demandons de réunir une table ronde avec les collectivités territoriales concernées, avec les associations impliquées dans l’accompagnement des familles roms. La circulaire du 26 août 2012 prévoit la possibilité de mettre sur pied un comité de suivi : vous devez l’organiser d’urgence Ces familles ne doivent pas rester plus longtemps à la rue. »

Alain Bolla (PCF), conseiller régional Front de gauche, appelle toutes les collectivités concernées « à la production de logements d’urgence, pour que cesse cette situation indigne de misère (...), Car, pour l’instant, on n’est pas dans un traitement humain mais dans la stigmatisation et le non-droit (...). C’est pour que cela change que nous sommes réunis dans notre diversité. »

« La communauté d’agglomération doit se saisir des financements qui existent », ajoute Luc Léandri (PG), conseiller régional Front de gauche, lui aussi.
« L’État doit assumer les responsabilités qui lui incombent, sans se contenter de déléguer de telles missions de service public à des associations aux moyens forcément limités, avec des conséquences graves pour les personnes concernées. »

Pour l’heure, en tout cas, toutes les organisations promettent de ne pas en rester là. Une toute prochaine initiative devrait leur permettre de rappeler élus et pouvoirs publics à leurs obligations.
A suivre.

Thierry Turpin


Notes

[1RESF83, RUSF 83, LDH Toulon, LDH Saint Maximin, CCFD-Terre Solidaire, FSU, SNESup, SNES, SNUipp, UD CGT,
PCF, PdG, EELV, CNL, Sud-Education Solidaires, ACO (Action Catholique Ouvrière), PCF et PG


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