Robert Badinter stupéfait d’avoir entendu parler de “citoyens français d’origine musulmane”


article de la rubrique démocratie > coups de gueule
date de publication : jeudi 10 mars 2011
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Pour la seconde fois en moins d’un an, Robert Badinter s’est livré à un rappel sévère de la Constitution. Lundi matin 7 mars 2011, dans le 7-9 de France Inter, l’ancien ministre de la Justice s’est fait procureur pour redire que, selon son premier article, tous les Français sont égaux devant la loi « sans distinction d’origine ».

Le 2 août 2010, sur France Inter également, il avait dénoncé le discours sécuritaire de Nicolas Sarkozy. Commentant d’éventuelles mesures de déchéance de la naturalisation française envisagées par l’exécutif, il avait estimé qu’« on veut faire des discriminations entre les Français au regard de mêmes crimes, de mêmes infractions, selon l’origine de la personne, selon les modalités d’acquisition de la nationalité française ». « C’est contraire à l’esprit républicain... et c’est une faute politique parce que le cœur du problème c’est le sentiment de certains de ces Français, que Nicolas Sarkozy appelle d’origine étrangère, de demeurer malgré leur carte d’identité des étrangers de la Nation ». [1]


Mardi 1er mars 2011, à la tribune de l’Assemblée nationale, le premier ministre, François Fillon, a répondu à une question posée par Hervé de Charette (Nouveau centre) au sujet de « l’ouverture d’un débat public sur la place de l’islam en France » en déclarant notamment que «  nous avons le devoir d’aider nos concitoyens d’origine musulmane à résoudre [ le ] problème » des lieux de culte [2].

Robert Badinter a commenté cette déclaration, le lundi 7 mars 2011 :


Robert Badinter a dit (extraits [3])

« Je rappelle qu’il y a, en France, six millions de musulmans dont la plupart sont des citoyens français. [...] Aujourd’hui, on en arrive à les isoler, à les stigmatiser, ou à faire en sorte qu’ils se ressentent comme tels. Et moi, ça me révolte ! »

« A quoi tous ces colloques sur l’identité nationale et sur l’islam aboutissent-ils sinon à donner le sentiment à ces hommes et à ces femmes qu’ils sont mis à part. Une espèce de ghettoïsation morale ! C’est in-sup-por-table ! Et il est temps d’en finir avec cela ! »

« Alors, que Mme Le Pen en tire profit, c’est évident. Le national-populisme triomphe à travers toute l’Europe. Mais qu’ici même on s’obstine, non ! Pensons à ces millions de personnes, qui sont nos compatriotes, qui sont musulmans, tous ont le droit de vivre comme les autres et n’aspirent qu’à cela. Il y a une délinquance dont une partie... Et alors ? En quoi est-ce que cela concerne ces millions de citoyens français ? Je rappelle que nous sommes une République laïque. Je rappelle que nous sommes une République dans laquelle il ne doit y avoir aucune discrimination en fonction de la religion. Alors, assez ! »

« J’ai entendu, avec stupéfaction, parler de citoyens français d’origine musulmane. Vous imaginez ce que ça veut dire ? Ça m’a ramené au moins soixante ans en arrière, quand il y avait des citoyens, français ou non, d’origine juive. Assez avec ça ! Il faut en finir avec cette agitation ! »

« Ce sondage a une double valeur. Il est un avertissement terrible pour la droite - je pense au colloque que certains veulent organiser, car tout ce qu’ils font dans ce domaine profitera en définitive à Mme Le Pen. Et il est un avertissement pour la gauche. Car, rappelons-nous, c’est la division de la gauche qui a entraîné la présence de Le Pen au second tour de l’élection présidentielle. [...] A la gauche de mesurer que les divisions, l’éclatement des candidatures, et je ne parle pas seulement du Parti socialiste, c’est autant d’avantages pour Mme Le Pen. Et l’on en connaît les fruits amers... »


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