Nelson Mandela


article de la rubrique démocratie > le blog de Mavida
date de publication : vendredi 19 juillet 2013
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Michel Mavida a eu le privilège de rencontrer, un instant, celui qui a été l’honneur de l’humanité.


Cela fait plusieurs jours voire plusieurs semaines que j’hésite à parler de Nelson Mandela et à écrire quelques lignes sur un homme encore vivant mais réduit, semble-t-il, à un état végétatif, lui qui fut l’honneur de l’humanité.

Comment parler d’une personnalité si vaste ? Il était habité par une volonté farouche et inébranlable de lutter contre l’apartheid, ce qui lui valut 27 ans de prison. Et lorsqu’il devint Président de l’Afrique du Sud, il a tout fait pour unifier le peuple sud-africain. Il a eu le grand mérite, dans un pays au bord d’un bain de sang, non pas d’oublier les souffrances infligées aux Noirs par la minorité Blanche, mais, de canaliser la colère et de ne pas s’attarder sur ce passé douloureux pour créer une République multiraciale. Tâche partiellement réussie car aujourd’hui des inégalités persistent. Mais on peut dire qu’il existe dans ce pays un formidable dynamisme qui permet de croire à un avenir où chacun aura sa vraie place dans la société sud-africaine.

J’ai eu le bonheur et le privilège de rencontrer – un instant ! – Nelson Mandela. C’était un après-­midi d’un 14 juillet ensoleillé. Nelson Mandela était en visite officielle en France. Il avait abandonné les fastes de la République pour venir à Arcueil, dans la banlieue sud de Paris, honorer par sa présence la mémoire d’une de ses amies sud-africaines, Dulcie September. Cette femme vivait à Arcueil lorsqu’elle fut assassinée par un commando qui, paraît-il, ne fut jamais identifié.

Lorsqu’il me fut présenté par une amie, militante anti-apartheid en France, je fus frappé par l’intelligence, la luminosité et la générosité que je lisais sur le visage et dans les yeux de cet homme.

Dulcie September représentait en France et en Europe l’ANC (African National Congress), le parti anti-apartheid dont Nelson Mandela était la figure emblématique. Elle avait à plusieurs reprises demandé la protection du gouvernement français. Le ministère de l’Intérieur, dont le responsable était à l’époque Charles Pasqua, la lui a toujours, refusée, malgré son insistance car elle se savait menacée.

« Le mardi 29 mars (1988) au matin, comme elle (Dulcie September) en avait l’habitude, elle partit pour son bureau au 28, rue des Petites Écuries à Paris. En arrivant elle prit son courrier chez la concierge, prit l’ascenseur pour monter à son bureau et tourna la clé dans la serrure. Son geste s’arrêta là, un homme l’attendait à l’étage supérieur. Il descendit par l’escalier et lui logea cinq balles dans la tête, presque à bout portant. Quand Joyce, la secrétaire, arriva quelques minutes plus tard, Dulcie gisait dans une mare de sang, morte ». (Dulcie September – Jacqueline Derens – Ed. Non Lieu.)

La France, qui célèbre aujourd’hui Nelson Mandela, commerçait à l’époque avec le gouvernement ultra-ségrégationiste. Le commerce des armes y trouvait son compte. Et même, dit-on, le transfert d’informations sur le nucléaire. Nous n’étions qu’une poignée à dire notre révolte et à clamer notre soutien à l’ANC devant l’ambassade sud-africaine à Paris.

Aujourd’hui, alors qu’on ne tarit pas d’éloges sur Nelson Mandela, sur sa lutte contre l’apartheid, que l’on verse une larme sur ses années passées en prison, que l’on tresse des louanges pour son rôle en tant que président de la Républicaine sud-africaine, on ne peut s’empêcher de penser que la France et l’Europe ont beaucoup à se faire pardonner.

N’est-ce pas, chez nous, Jean-Marie Le Pen qui, au lendemain de la libération de Nelson Mandela, déclarait qu’il ne se réjouissait pas de cette libération car il avait toujours beaucoup de méfiance à l’égard des terroristes [1] ?

N’est-ce pas le gouvernement français et son ministre de l’Intérieur qui refusa toute protection à Dulcie September, parce qu’elle était une militante anti-apartheid ?

Ils sont peu nombreux les hommes de cette trempe. Au soir de sa vie, il est bien que Nelson Mandela soit honoré mondialement, lui qui fut un jour prix Nobel de la Paix.

Michel Mavida


Notes


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