Madeleine Rebérioux nous a quittés


article de la rubrique droits de l’Homme > la LDH
date de publication : mardi 8 février 2005
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Nous perdons une amie.


Voir en ligne : Madeleine Rebérioux, historienne de parole et d’acte

La section de Toulon de la Ligue des droits de l’Homme est en deuil : Madeleine REBÉRIOUX nous a quittés lundi 7 février 2005.

Cette grande historienne était également une militante infatigable. Après une brillante carrière universitaire, elle avait été présidente de la Ligue des droits de l’Homme.

Madeleine Rebérioux était venue plusieurs fois à Toulon pour soutenir nos combats.
Nous n’oublierons pas sa force de conviction et le courage qu’elle a toujours manifesté dans la défense des Droits de l’Homme.

Nous perdons une amie.

La section de Toulon de la LDH s’associe à la douleur de sa famille et de ses proches.

Toulon, le 8 février 2005.

Quelques souvenirs

Mardi 11 février 1997, Madeleine Rebérioux était parmi nous pour un débat sur Islam et laïcité .

Mercredi 29 mars 2000, conférence à la Faculté de Droit : Jaurès et les Droits .

En septembre 2001, elle s’était associée à notre lutte contre le "négationnisme colonial" en nous adressant le texte intitulé Raoul Salan, un général colonial .

Jeudi 26 septembre 2002, de nombreux Toulonnais ont pu participer, à l’Espace Comedia, à un échange de vues avec Madeleine Rebérioux sur le thème Passé colonial et problème de l’immigration . À ce propos, vous pourrez lire le texte intitulé un voile sur les discriminations qu’elle a publié le 17 décembre 2003.

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Madeleine Rebérioux, le 7 décembre 2000 à son domicile à Paris
Photo Joël Robine (AFP/Archives)

COMMUNIQUÉ LDH
Paris, le 7 février 2005

LA LDH REND HOMMAGE À MADELEINE REBÉRIOUX

La Ligue des droits de l’Homme a la profonde douleur d’annoncer le décès, aujourd’hui, de Madeleine Rebérioux qui était sa présidente d’honneur.

Madeleine Rebérioux a été de tous les combats pour la dignité des hommes : de la seconde guerre mondiale à la guerre d’Algérie, Madeleine Rebérioux a inscrit sa vie dans une lutte permanente pour la liberté et l’égalité de l’Humanité. Historienne de la troisième République, spécialiste incontestée de Jean Jaurès et du mouvement ouvrier, elle a apporté à la Ligue des droits de l’Homme une sensibilité à l’égard des questions sociales.

La Ligue des droits de l’Homme et tous ses militants partagent la peine de sa famille et s’associent à son deuil.

[AFP - lundi 7 février 2005]

Mort de l’historienne Madeleine Rebérioux

L’historienne Madeleine Rebérioux est décédée lundi à l’âge de
84 ans, a-t-on appris auprès de ses proches.

Spécialiste du socialisme français à la fin du XIXe siècle,
elle avait consacré une grande partie de son travail
universitaire à l’oeuvre de Jean Jaurès [1] mais était également
connue dans les milieux associatif et politique.

Mme Rebérioux, qui a été également vice-présidente du musée
d’Orsay (1981-87), avait été à l’origine, après mai 68, de la
création de l’Université de Paris VIII-Vincennes, où les non
bacheliers étaient admis à faire des études supérieures.

Née le 8 septembre 1920 à Chambéry (Savoie), Madeleine
Rebérioux, ancienne élève de l’Ecole normale supérieure de
Sèvres, agrégée d’histoire et de géographie, devient docteur
d’Etat en sciences humaines après une thèse sur "Jaurès, la
SFIO, et la société française au tournant du siècle".

Professeur de lycée de 1945 à 1961, elle est assistante puis
maitre-assistante à La Sorbonne (1962-69), avant d’être
professeur à l’université de Paris VIII-Vincennes, devenue
l’université de Saint-Denis.

A partir de 1978, elle est chargée de conférences à l’Ecole
des hautes études en sciences sociales.

Parallèlement à sa carrière universitaire, Mme Rebérioux, qui
a appartenu [dès 1946] au Parti communiste avant d’en être exclue en
1969, se distingue par ses engagements anti-colonialistes.
C’est à ce titre qu’elle fut secrétaire du Comité Audin
pendant la guerre d’Algérie et qu’elle dénonça vigoureusement
la torture. Au lendemain de la guerre, en 1962, elle entra au
Comité central de la Ligue des Droits de l’Homme, dont elle
sera ensuite vice-présidente, puis présidente [de 1991 à 1995].

Elle a été également responsable du collectif intersyndical
universitaire contre la guerre du Vietnam de 1965 à 1969, et
responsable du Front Solidarité Indochine de 1971 à 1975.

Madeleine Rebérioux, qui a été directrice de la revue Le
Mouvement social (1971-82), avait notamment publié "l’Extrême
droite en questions" (1991) et "Jaurès" (1994).

Officier de la Légion d’honneur, veuve et mère de quatre
enfants, elle était présidente de la Société d’études
jaurésiennes depuis 1981, et responsable au CNRS du groupe de
recherches coordonnées (Greco).

Quelques compléments

Son engagement anticolonialiste est connu. Membre active du Comité pour la défense des libertés en Algérie, elle signe l’Appel des 121. Professeur d’histoire au lycée Marcellin-Berthelot de Saint-Maur en région parisienne, elle participe en 1955 à la constitution d’un comité contre la guerre d’Algérie. Elle est témoin direct des événements du 17 octobre 1961 à Paris. Madeleine Rebérioux milite ensuite contre la guerre au Vietnam (1965-1969).

Madeleine Rebérioux s’est battue pour que la vérité soit dite et reconnue concernant notre passé colonial. Elle est l’une des douze signataires de l’appel à une condamnation de la torture pendant la guerre d’Algérie, paru le 31 octobre 2000, dont voici quelques extraits :

"Des deux côtés de la Méditerranée, la mémoire française et la mémoire algérienne resteront hantées par les horreurs qui ont marqué la guerre d’Algérie tant que la vérité n’aura pas été dite et reconnue.

"Ce travail de mémoire appartient à chacun des deux peuples et aux communautés, de quelqu’origine que ce soit, qui ont cruellement souffert de cette tragédie dont les autorités françaises portent la responsabilité essentielle en raison de leur obstination à refuser aux Algériens leur émancipation. [...]

"Il revient à la France, eu égard à ses responsabilités, de condamner la torture qui a été entreprise en son nom durant la guerre d’Algérie. [...]"

Madeleine Rebérioux s’était beaucoup investie dans le conflit israélo-palestinien. Elle voyait « le Mur » comme "un effort pour séparer définitivement Arabes de Palestine et Juifs d’Israël que tant de choses devraient rapprocher. "
(juillet 2003)
Vous pourrez lire quelques réflexions qu’elle avait rédigées sur le problème Israël-Palestine.

Notes

[1Madeleine Rebérioux s’était spécialisée dans l’histoire sociale, culturelle et politique de la IIIe République. Ses travaux portent essentiellement sur le socialisme, le syndicalisme et la classe ouvrière. Elle présidait la Société d’études jaurésiennes qui publie les écrits de Jean Jaurès (17 volumes à paraître d’ici 2008, aux éditions Fayard).


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