Kofi Annan et Desmond Tutu : l’Afrique ne doit pas quitter la CPI


article de la rubrique international > justice internationale
date de publication : dimanche 13 octobre 2013
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Dans les jours qui viennent, les dirigeants africains pourraient anéantir une institution fondamentale et rendre ainsi le monde moins sûr.
La Cour pénale internationale (CPI) est le premier et le seul tribunal de compétence mondiale à juger les crimes contre l’humanité. Mais les dirigeants de certains pays, qui ont répandu la peur et la terreur dans leur pays, tentent de faire sortir l’Afrique de la CPI, ce qui leur permettrait de tuer, de violer et d’inciter à la violence et à la haine en toute impunité.

Ensemble nous pouvons les en empêcher. Mais pour ce faire nous devons unir nos forces et inciter les voix responsables au sein de l’Union africaine à s’interposer pour garantir que les persécutés resteront protégés par la CPI. Rejoignez l’appel de Desmond Tutu en signant la pétition qu’il a lancée et envoyez-la à tous vos proches : la pétition à signer.


Kofi Annan : un retrait de la CPI serait une "honte" pour les pays africains

[ Jeune Afrique, le 8 octobre 2013 ]


Le Ghanéen, ancien secrétaire général des Nations unies, a estimé lundi que ce serait "une marque de honte" pour l’Afrique si ses dirigeants votaient un retrait de leurs pays de la Cour pénale internationale (CPI) lors du prochain sommet de l’UA, prévu en fin de semaine à Addis-Abeba.

La perspective d’un retrait des pays africains de la Cour pénale internationale (CPI), qui pourrait être décidée lors d’un sommet extraordinaire des chefs d’État et de gouvernement membres de l’Union africaine (UA), vendredi et samedi prochains, à Addis-Abeba, suscite de nombreuses réactions. Présent au Cap, lundi 8 octobre, pour le 82e anniversaire de l’archevêque sud-africain Desmond Tutu, l’ancien secrétaire général des Nations unies Kofi Annan s’est à son tour exprimé sur ce sujet explosif.
"Quelques dirigeants résistent (à la CPI) et la combattent, a-t-il déclaré, mettant en garde contre l’éventualité d’un tel vote. S’ils combattent la CPI, s’ils votent contre la CPI, ce sera une marque de honte pour chacun d’entre eux et pour leurs pays".

L’ancien secrétaire général de l’ONU a rejeté les accusations de certains dirigeants africains selon lesquelles la CPI, qui siège à La Haye, est de parti pris et se focalise sur l’Afrique. "Je voudrais souligner que ce sont la culture de l’impunité et les individus qui sont jugés par la CPI, pas l’Afrique", a-t-il enchainé.

La CPI est de plus en plus contestée par l’Union africaine (UA). Certains de ses 54 pays membres l’accusent de ne s’en prendre qu’à des dirigeants africains. "Je sais que ce n’est pas le cas", a lancé Kofi Annan, qui s’est dit "inquiet" de ces attaques.

Taylor, Ruto, et Kenyatta

Les accusations de l’UA surviennent après diverses procédures lancées contre des dirigeants ou anciens dirigeants africains. En septembre, l’ex-président libérien Charles Taylor a été condamné à 50 ans de prison pour crimes contre l’humanité. Au même moment, et pour les mêmes motifs, le procès du vice-président kényan William Ruto était en cours, tandis que celui du président kényan Uhuru Kenyatta, toujours pour crimes contre l’humanité, est programmé pour le mois de novembre.

Quatre des dossiers africains jugés par la CPI ont été ouverts à la demande de responsables du continent, alors que deux autres, sur le Darfour et la Libye, ont été ouverts par le Conseil de sécurité des Nations unies, a souligné Kofi Annan.
Durant son discours, l’ancien secrétaire général de l’ONU a également prévenu que "des défis sérieux demeurent et de nouvelles menaces émergent". "Aussi réels et excitants que soient les progrès, nous ne pouvons nous permettre de devenir suffisants. Après tout, l’Afrique a déjà connu des aubes trompeuses dans le passé", a-t-il rappelé. "La croissance impressionnante n’a pas éradiqué l’extrême pauvreté, en particulier dans les zones rurales (...) ni les énormes inégalités qui existent sur ce continent". "En dépit de l’extraordinaire richesse en ressources naturelles de l’Afrique, la mauvaise gouvernance et le manque de transparence ont trop souvent mené à la corruption, à l’exploitation et aux ravages environnementaux", a-t-il déploré.

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Desmond Tutu appelle les leaders africains à ne pas quitter la CPI

[ Jeune Afrique, le 9 octobre 2013 ]


Le prix Nobel de la paix sud-africain Desmond Tutu a exhorté les pays africains à ne pas quitter la Cour pénale internationale (CPI), disant que cela ferait du monde "un endroit plus dangereux", accusant le Kenya et le Soudan.
Dans une pétition en ligne intitulée “Qui arrêtera le prochain génocide ?”, l’ancien archevêque anglican a noté que dans sa vie, il avait vu "de grands gains pour protéger le faible contre le fort". "Mais en seulement deux jours de temps, les dirigeants africains pourraient tuer une grande institution, faisant du monde un endroit plus dangereux", affirme Tutu, 82 ans.

L’Union africaine doit débattre à partir de vendredi [11 octobre 2013] d’un éventuel retrait de la CPI, pour dénoncer un acharnement du tribunal de La Haye contre l’Afrique. Desmond Tutu a notamment appelé l’Afrique du Sud et le Nigeria, deux poids lourds du continent, à soutenir la CPI, les exhortant à "prendre la parole et faire en sorte que les persécutés soient protégés par la CPI". La CPI est le premier et seul tribunal mondial pour juger les crimes contre l’humanité, a rappelé le prélat.

"Mais les dirigeants du Soudan et du Kenya, qui ont infligé la terreur et la peur dans leur pays, tentent de faire sortir l’Afrique de la CPI, ce qui leur donnerait la liberté de tuer, de violer, et d’inspirer la haine sans être inquiétés."
La pétition est adressée au président sud-africain Jacob Zuma et à son homologue nigérian Goodluck Jonathan. "Nous vous appelons à mener la lutte contre les crimes contre l’humanité et maintenir l’Afrique dans la CPI", dit le texte.

Depuis sa création, la CPI a inculpé une trentaine de personnes pour des crimes survenus dans huit pays d’Afrique : République démocratique du Congo, Centrafrique, Ouganda, Soudan (Darfour), Kenya, Libye, Côte d’Ivoire, Mali.
L’UA a demandé en mai l’abandon des poursuites contre les dirigeants kényans fraîchement élus. La CPI a malgré tout entamé le procès du vice-président William Ruto et refusé de reporter celui du président Uhuru Kenyatta, prévu en novembre. Les deux hommes sont poursuivis pour leur rôle présumé dans les violences politico-ethniques qui avaient suivi la précédente présidentielle kényane de fin 2007, durant lesquelles plus de 1. 000 personnes étaient mortes.
Quant au président soudanais Omar el-Béchir, il fait l’objet de mandats d’arrêt de la CPI pour crimes de guerre, crimes contre l’humanité et génocide dans le conflit du Darfour, une vaste région de l’ouest du Soudan.

Au total, 34 pays africains ont ratifié le Statut de Rome, fondateur de la CPI.


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