Julian Assange, 175 ans d’emprisonnement ?


article de la rubrique libertés > liberté d’expression / presse
date de publication : jeudi 16 janvier 2020
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Julian Assange est poursuivi par la justice des Etats-Unis pour avoir publié les War Diaries ayant fourni la preuve que le gouvernement américain avait trompé l’opinion publique.


13-01-2020 : " Julian Assange s’est à nouveau rendu devant les magistrats britanniques ce 13 janvier pour une audience de routine à Londres. Une occasion pour ses soutiens de voir comment se porte le lanceur d’alertes et fondateur de WikiLeaks. Pour rappel, il risque à tout moment d’être extradé vers les États-Unis, où il fait face à de nombreuses charges. (...)

Le lanceur d’alertes était poursuivi par la justice britannique du fait d’un mandat suédois, lancé en rapport avec une affaire d’agression sexuelle, affaire pour laquelle il a définitivement été relaxé par la justice suédoise en novembre dernier.

(...) Les inquiétudes concernant ses conditions de détention dans cet établissement réservé aux détenus les plus dangereux du Royaume se multiplient. Julian Assange y est placé à l’isolement avec un minimum de contact avec l’extérieur.

Le 1er novembre, Nils Melzer, rapporteur spécial de l’Onu sur la torture, a exprimé de grandes préoccupations concernant le traitement infligé à Julian Assange par le gouvernement britannique qui, d’après lui, « n’a pris aucune mesure d’enquête, de prévention ou de réparation requise par le droit international ».

« Ce que nous avons vu du gouvernement britannique est un mépris total des droits et de l’intégrité de Julian Assange », a-t-il a ajouté." [1]

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LETTRE OUVERTE À L’ATTENTION DE L’AMBASSADEUR DE GRANDE-BRETAGNE EN FRANCE CONCERNANT LA SITUATION DE MONSIEUR JULIAN ASSANGE

Lettre ouverte à l’attention de l’ambassadeur de Grande-Bretagne en France,

Paris, le 7 janvier 2020

Excellence, Monsieur l’ambassadeur,

la Fédération internationale pour les droits humains et son organisation membre en France la Ligue des droits de l’Homme souhaitent vous exprimer leur inquiétude sur le sort de M. Julian Assange, actuellement détenu en prison de haute sécurité de Belmarsh au Royaume-Uni.

Poursuivi par la justice des Etats-Unis pour avoir publié les War Diaries ayant fourni la preuve que le gouvernement américain avait trompé l’opinion publique au sujet de ses activités en Afghanistan et en Irak et qu’il y avait commis des actes relevant de la qualification de crimes de guerre, la justice de votre pays pourrait décider de son extradition vers les Etats-Unis où il risque des poursuites pénales en vertu de la loi américaine sur l’espionnage (Espionage Act), pour lesquelles il encourt jusqu’à 175 ans d’emprisonnement.

Cette inculpation s’inscrit en violation des obligations internationales du gouvernement américain relatives à la liberté d’information et constituent un précédent inquiétant s’agissant de la liberté de la presse et d’information, auxquelles le gouvernement britannique, historiquement mobilisé pour une presse libre et en faveur de la protection des lanceurs d’alertes ne peut rester insensible.

En outre et à la suite de cette première affaire, M. Assange a été détenu au Royaume-Uni puis libéré sous caution, à la suite d’enquêtes préliminaires ouvertes en 2010 par une procureure en Suède. Cette procureure n’a finalement pas porté d’accusations contre M. Assange et en 2017, après l’avoir interrogé à l’ambassade de l’Equateur à Londres, elle a mis fin à l’enquête et à l’affaire.

Pour autant et pendant cette période, M. Assange a été détenu et privé de liberté en violation des obligations internationales du Royaume-Uni relatives à la privation de liberté. Ceci a été reconnu par le Groupe de travail des Nations Unies sur la détention arbitraire (GTDA), lorsqu’il a déterminé[1] que M. Assange était arbitrairement détenu et privé de liberté, et a réclamé sa libération assortie du versement d’une indemnisation.

Depuis lors, M. Assange a été incarcéré le 11 avril et condamné le 1er mai dernier à 50 semaines d’emprisonnement, et détenu dans une prison de haute sécurité, à l’isolement jusqu’à 23 heures par jour, pour avoir enfreint aux règles de la libération sous caution qui lui avait été accordée.

Ce traitement est contraire aux principes de nécessité et de proportionnalité prévus par les obligations relatives aux droits de l’Homme auxquelles est assujetti le Royaume-Uni. Ainsi, le 3 mai dernier, le même groupe de travail des Nations unies a dénoncé[2] d’une part une condamnation disproportionnée au regard du caractère mineur de l’infraction ; et d’autre part une détention dans des conditions « de haute sécurité » -réservées pour les condamnations pour une infraction pénale grave- violant les principes de nécessité et de proportionnalité devant encadrer la privation de liberté au regard du droit international. Dans ces conditions, le même groupe a demandé que le gouvernement britannique restaure la liberté de M. Assange.

Nonobstant, les autorités britanniques ont depuis lors maintenu M. Assange en détention, et ses conditions physiques et mentales se sont nettement dégradées, comme a pu le constater le Rapporteur spécial des Nations unies sur la torture M. Nils Melzer[3]. Au regard de l’urgence médicale et de la gravité des violations alléguées, le Rapporteur a demandé que des mesures d’enquête, de prévention ou de réparation soient immédiatement diligentées, comme requises par le droit international, lesquelles ont été rejetées catégoriquement par le gouvernement britannique.

Ce nouveau refus est particulièrement préoccupant par rapport à l’engagement du Royaume-Uni en faveur des droits de l’Homme et de l’Etat de droit.

Nous vous enjoignons donc d’exprimer auprès du gouvernement britannique notre profonde condamnation de cette situation, ainsi que de faire écho de notre appel à libérer M. Assange dans les plus brefs délais, de lui octroyer des réparations pour le dommage subi et de lui assurer sa protection personnelle dans les conditions qu’il souhaiterait.

En vous remerciant de l’attention que vous porterez à la présente, nous restons à votre disposition pour vous rencontrer afin de vous présenter ces-dites préoccupations, et vous prions, Excellence, Monsieur l’ambassadeur d’agréer l’expression de nos sentiments respectueux.

Alice Mogwe, Présidente de la FIDH

Malik Salemkour, Président de la LDH

P.-S.

Lire : " La France se serait grandie en accueillant sur son sol ces lanceurs d’alerte." http://section-ldh-toulon.net/ecrire/?exec=article&id_article=6418


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