Hongrie : un “régime autoritaire” se met en place


article de la rubrique international > l’Europe
date de publication : lundi 2 janvier 2012
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Depuis son retour au pouvoir à la suite des élections d’avril 2010 qui ont donné une majorité des deux tiers à la droite, le Premier ministre hongrois Viktor Orban entraine son pays en pleine dérive populiste : encadrement des médias et de la justice, adoption d’une loi électorale sur mesure...

Le 1er juillet dernier, une loi est entrée en vigueur qui punit de 730 000 € d’amende les « atteintes à l’ordre public et à la morale » et l’« information partiale ». À la veille de Noël, le Parlement a abaissé de 70 à 62 ans l’âge de départ à la retraite des juges, libérant ainsi 300 postes ; un nouvel Office national de la justice, présidé par une proche du pouvoir, aura tout pouvoir pour nommer leurs remplaçants [1]. Lors de la même séance du 23 décembre, le Parlement a modifié la loi électorale – ce qui lui permettra de pérenniser la majorité actuelle [2] ...

Mais que fait l’Europe ?

[Mis en ligne le 30 décembre 2011, mis à jour le 2 janvier 2012]



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Des dizaines de milliers de personnes ont manifesté lundi 2 janvier à Budapest contre la nouvelle Constitution hongroise

Peur sur le Danube


Obnubilés par la crise de la dette et la menace pesant sur l’euro, les Européens ne prêtent pas assez attention à ce qui se passe en Hongrie. Car au cœur de l’Union, sur les rives du beau Danube, on est en train d’assister à une inquiétante dérive pour ce qui, bien plus encore qu’une monnaie, fonde l’Europe unie : le pluralisme démocratique.

De quoi s’agit-il ? Du comportement de plus en plus autoritaire d’un homme, Viktor Orban, dont le parti libéral-conservateur (le Fidesz), vainqueur aux législatives de 2010, est en train de faire main basse sur le pouvoir au mépris des principes démocratiques. Après avoir fait adopter une loi muselant les journalistes, la majorité a adopté la veille de Noël une loi électorale sur mesure qui pourrait rendre impossible l’alternance en permettant à un parti de remporter trois quarts des sièges avec le tiers des voix.

À Budapest, la colère de l’opposition est d’autant plus grande que cette loi inique s’accompagne de mesures aussi liberticides : quasi-suppression du débat parlementaire, mise au pas des juges après celle des médias, inscription dans la Constitution d’un taux unique d’impôt sur le revenu favorisant de facto les Hongrois les plus riches.

Ce qu’est en train de bâtir Viktor Orban est un modèle de pouvoir autoritaire totalement incompatible avec les normes qui fondent l’Union européenne. Et dire que la Hongrie présidait ladite Union il y a encore six mois ! Jusqu’ici, Bruxelles s’est contenté de protestations aussi discrètes qu’inefficaces. Revenu à la charge, José Manuel Barroso vient de se faire rembarrer par un Premier ministre hongrois dont l’arrogance est d’autant plus déplacée que la santé économique de son pays inquiète.

Ce comportement, dénoncé jusqu’à Washington, doit être sanctionné. C’est le moment d’utiliser l’article 7 du traité de Lisbonne, qui prévoit de priver de droit de vote dans les instances communautaires un pays enfreignant les valeurs de l’Union. En 2000, celle-ci avait réussi à grand-peine à enrayer la dérive d’extrême droite en Autriche. Entre-temps, la crise aidant, le national-populisme a progressé partout et le cas hongrois pourrait s’avérer autrement plus délicat à traiter. Si elle veut rester crédible, l’Union doit taper sur la table et faire comprendre d’urgence à Viktor Orban qu’il doit arrêter de jouer avec la démocratie.

Christophe Lucet


Hongrie : l’extrême droite remonte sur scène

[Libération] – Même sur la scène du théâtre le passé resurgit : la période la plus sombre du XXe siècle en Hongrie. La nomination de György Dörner au poste de directeur à Uj Színház, un théâtre financé par la ville de Budapest, a suscité de grandes protestations parmi l’intelligentsia. Car Dörner, acteur par ailleurs réputé, a déclaré vouloir diriger le théâtre en s’inspirant des idées de son ami et père spirituel, István Csurka, auteur dramatique et politicien d’extrême droite.

István Csurka est un farouche antisémite qui n’a qu’une idée fixe : le complot des juifs contre la nation hongroise, ourdi par un « axe New York-Tel-Aviv-Budapest ». Il se croit dans la Hongrie des années 30, lorsque le pays promulguait des lois contre les Juifs.
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Travaux obligatoires pour l’aide sociale dans une ville d’extrême-droite

(AFP) - Une bourgade hongroise de 2.800 âmes, Gyöngyöspata, est devenue un laboratoire du parti d’extrême droite Jobbik, notamment pour le travail obligatoire d’intérêt collectif à l’intention de ceux vivant d’aides sociales, une mesure qui vise en particulier la minorité Rom.

Avant même que ce dispositif, qui contraint les bénéficiaires de minimas sociaux à un travail d’intérêt collectif s’ils veulent conserver ces prestations, entre en vigueur en janvier 2012 dans tout le pays à l’initiative du gouvernement conservateur de Viktor Orban, la municipalité d’extrême droite de Gyöngyöspata expérimente depuis le mois d’août ce programme. [...]

C’est avant tout la minorité Rom, forte de 450 personnes dans cette petite ville, qui est visée : les Roms, dont beaucoup n’ont pas accès à l’éducation et sont donc peu qualifiés, sont souvent réduits au chômage et mal vus par une partie de la population qui les accuse d’être coutumiers de larcins en tous genres, un grief courant en Europe centrale. ... la suite

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La très controversée nouvelle Constitution entre en vigueur en Hongrie

Le Soir [3], le 1er janvier 2012


[AFP] – La nouvelle Constitution hongroise voulue par le Premier ministre Viktor Orban, aux accents très nationalistes, est entrée en vigueur dimanche 1er janvier, instaurant des réformes très controversées de la Banque centrale, de la justice et de la loi électorale en dépit des critiques internationales.

Le Premier ministre Viktor Orban, s’appuyant sur une majorité des deux-tiers au Parlement, a entamé depuis 18 mois une profonde réforme de la législation de la Hongrie, avec de nombreux amendements de la Constition à son avantage.

Voici les principales lois entrées en vigueur avec la nouvelle Constitution le 1er janvier ou auparavant, dont certaines ne pourront à l’avenir être modifiées qu’à la majorité des deux-tiers au Parlement :

- L’appellation « République de Hongrie » disparaît au profit de la seule « Hongrie ».
- La Constitution rend rétroactivement « responsables des crimes communistes » commis jusqu’en 1989 les dirigeants de l’actuel Parti socialiste (ex-communiste).

Religion

- Introduction d’une référence explicite à « Dieu » dans la Constitution : « Dieu bénisse les Hongrois ».
- Les communautés religieuses bénéficiant de subventions publiques sont réduites de 300 à 14.

Loi électorale

- La nouvelle loi prévoit l’élection à un seul tour, au scrutin de circonscription et au scrutin proportionnel de liste, avec 199 députés au lieu de 386. Les petits partis ne pourront plus négocier leur désistement en vue d’un second tour. Les reports de voix de candidats non-élus au scrutin de liste profiteront à la liste arrivée en tête.
- Le droit de vote est reconnu aux Hongrois d’origine vivant à l’étranger.

Nominations

- Le mandat des titulaires de postes importants de l’appareil d’Etat : économie, justice, police et armée, est porté à neuf ou douze ans. Un futur gouvernement d’une autre couleur politique sera en conséquence confronté à un appareil d’Etat hostile, aux mains de fidèles de Viktor Orban.

Economie et finances

- La loi de « stabilité financière » inscrit dans la loi fondamentale le taux unique de 16 % de l’impôt sur le revenu, ainsi que le niveau des retraites
- Création d’un Conseil budgétaire de trois membres nommés par le Premier ministre, qui aura le pouvoir d’opposer son veto au projet de budget.
- Banque centrale : l’influence du gouvernement est renforcée. Son président ne pourra plus choisir ses trois adjoints qui seront désignés par le Premier ministre
- Le Conseil monétaire passe de sept à neuf membres. Les deux membres extérieurs supplémentaires seront nommés par le Parlement, comme c’est le cas pour quatre autres.
- Le forint devient constitutionnellement la devise nationale. Conséquence : une adhésion à l’euro de la Hongrie, objectif de Budapest à l’horizon 2020, nécessitera au Parlement une majorité des deux-tiers.
- La TVA (taxe à la valeur ajoutée) est augmentée de 25 à 27 %

Société

- La Constitution décrète que l’embryon est un être humain dès le début de la grossesse.
- La Constitution stipule que le mariage ne peut avoir lieu qu’entre un homme et une femme, excluant les mariages homosexuels.
- Une loi rend les sans-abri éventuellement passibles de peines de prison.

Médias publics

- Radio-télévision et agence de presse MTI sont regroupés en une seule entité supervisée par un Conseil des médias dirigé par une proche du Premier ministre Viktor Orban.
- L’unique radio d’opposition Klubradio s’est vu retiré sa fréquence.


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