Gilles Sainati : la politique sécuritaire du gouvernement, un échec


article de la rubrique justice - police > le tout-sécuritaire
date de publication : lundi 23 janvier 2012
version imprimable : imprimer


La Ligue des droits de l’Homme de Toulon organise aujourd’hui 23 janvier, à la Fac de Droit de Toulon, amphi 300, de 18 h 30 à 20 h, une conférence-débat autour de Gilles Sainati, sur le thème : contre l’arbitraire du pouvoir.

Gilles Sainati est juge des affaires familiales à Béziers. Membre du Syndicat de la magistrature dont il fut le secrétaire général entre 1998 et 2000, puis vice-président en 2001, 2002 et 2004, il a publié plusieurs ouvrages sur le Droit dont La décadence sécuritaire, avec Ulrich Schalchli, (2007) aux éditions La Fabrique.

En ce début d’année, il dresse un état des lieux alarmant de la justice en France. « Je souhaite qu’on puisse s’identifier à la Déclaration des droits de l’Homme, qu’on revienne aux principes fondamentaux. C’est-à-dire une justice indépendante, contradictoire, efficace, démocratique et qui rende des comptes en dehors d’un débat démagogique » a-t-il déclaré dans La Marseillaise, le 9 janvier dernier.


Gilles Sainati : "la politique sécuritaire du gouvernement est un échec"

par Damien Allemand, Var-Matin, le 23 janvier 2012


  • Comment la justice a évolué ces quinze dernières années ?

Très mal ! Il y a eu pas mal de dispositifs sécuritaires mis en place sous des prétextes divers et variés. Ils n’ont pas été efficaces. La conséquence n’a pas été de lutter contre la criminalité organisée mais de restreindre un peu plus la République.

  • Sur votre blog, vous avez écrit que la politique de Nicolas Sarkozy « n’était pas de lutter contre la délinquance mais contre le sentiment d’insécurité » ...

Je le pense toujours. C’est flagrant. Au départ, son discours était très volontaire, mais nous avons assisté à une instrumentalisation des problèmes de justice et de police.

  • Comment jugez-vous sa politique sécuritaire ?

C’est un échec. Surtout au niveau de la délinquance. Aujourd’hui, nous sommes même arrivés à une chose paradoxale : une insécurité juridique. Les procédures se multiplient et s’empilent et on ne sait plus très bien s’y retrouver.

  • Est-ce que la lutte contre la délinquance a réellement commencé un jour ?

C’est LA grande question ! Je ne le pense pas. La difficulté, c’est qu’il y a un problème de globalisation. Nous faisons ce que nous pouvons pour les commanditaires locaux des trafics mais on ne peut pas aller au-delà des frontières, surtout en Méditerranée. Faire du chiffre, c’est faire de la police d’ordre public, et pas de la police judiciaire.

  • Les chiffres du ministre de l’Intérieur, Claude Guéant, ont été présentés comme flatteur...

Ce sont des chiffres d’activité. On sait très bien qu’il existe des tas de parades pour les faire augmenter. Il suffit de segmenter les procédures. Trois personnes prises ensemble avec du shit sur eux, ça peut faire trois, voire quatre procédures.

  • Dans le Sud, on s’étonne toujours que les règlements de compte ne soient jamais élucidés...

Quand on voit le nombre de crimes de sang qu’il y a, ce n’est pas normal. Il y a un problème. Soit on ne veut pas voir ce qu’il se passe, soit on est incompétent. Il y a une économie souterraine qui est énorme et qui ne fait pas du tout l’objet d’investigations.

  • Qu’avez-vous pensé de la mise en examen du procureur de Nanterre, Philippe Courroye, dans l’affaire des fadettes ?

C’est incroyable ! On assiste à un vacillement de l’institution judiciaire. Un procureur mis en examen pour des faits d’investigation sur la vie privée, je trouve que c’est étonnant. On vit un moment critique.

  • Avez-vous été choqué par cette mise en examen ?

Non. Je pense qu’il aurait dû être démis de ses fonctions depuis longtemps et qu’il aurait dû passer devant le conseil de discipline. Depuis des années, son comportement mérite des sanctions disciplinaires.

  • Vous le lâchez complètement...

Il n’a jamais été un ami. La manière dont il incarne le ministère public me semble contraire à tout ce que je peux envisager.

  • Quand a-t-il, selon vous, franchi la ligne ?

Quand il a entamé des investigations pour recueillir des informations sur le téléphone portable de ses propres collègues. Il a donné une mauvaise image de la justice en utilisant des procédés de basse police.

  • Cette mise en examen pose aussi la question de l’indépendance du parquet vis-à-vis du pouvoir politique...

C’est dramatique. Terrible. Nous sommes face à l’exécutif qui décide de l’intégralité du champ pénal.

  • Est-ce que la déclaration des droits de l’Homme est toujours respectée en France ?

Elle prévoit le respect des libertés publiques et individuelles, mais aussi le respect du bien public et la moralité des affaires publiques. J’ai l’impression que l’on s’en éloigne...


Suivre la vie du site  RSS 2.0 | le site national de la LDH | SPIP