2012 : explosion de violence homophobe


article de la rubrique discriminations > homosexuels
date de publication : mercredi 15 mai 2013
version imprimable : imprimer


Selon l’association SOS homophobie, l’année 2012 a vu la violence homophobe exploser. Le rapport que l’association vient de publier fait état d’une augmentation de 27 % par rapport à l’année précédente du nombre d’appels téléphoniques reçus en 2012 concernant des témoignages d’agressions homophobes, physiques ou psychologiques – le rythme ayant même triplé au cours du dernier trimestre [1]. Comme la présidente de l’association l’a observé, le débat sur le mariage pour tous a permis « une libération de la parole homophobe » ainsi qu’« libération de la parole des victimes ».

Toulon, qui n’a pas échappé au phénomène, a vu se créer une association – Gay Power Toulon-Paca – qui propose d’apporter « aide et assistance » aux victimes de l’homophobie.


Les témoignages d’actes homophobes
ont bondi de 27 % en 2012

par Gaëlle Dupont, Le Monde du 14 mai 2013


"Les homophobes à la noce" : l’association SOS-Homophobie ne se prive pas du jeu de mots, placé en exergue de son rapport annuel, publié mardi 14 mai. Ce dernier est en effet fortement marqué par les débats sur l’ouverture du mariage aux couples de même sexe, votée le 23 avril. Il confirme une tendance : l’augmentation des témoignages de victimes d’homophobie. En 2012, l’association a reçu 1 977 appels sur sa ligne d’écoute, soit une hausse de 27 % par rapport à 2011, la plus forte enregistrée depuis huit ans (la précédente de cet ordre était liée à la prise en compte des courriels dans les témoignages).

Il faut manier ces chiffres avec prudence. Une augmentation des témoignages peut être due à la fois à une hausse des propos ou actes homophobes, et à une plus grande propension des victimes à les signaler. "Nous avons toujours nuancé nos chiffres, car l’association est chaque année un peu plus visible, explique Elisabeth Ronzier, présidente de l’association. Mais vu la hausse de cette année, il y a forcément une autre explication, le débat sur le mariage pour tous."

Le nombre d’appels a atteint un rythme trois fois supérieur à la normale à partir d’octobre 2012, au moment où ce dernier entrait dans le vif, et s’est maintenu à ce niveau depuis. Le débat a permis, "du côté des opposants, une libération de la parole homophobe, et, en contrepartie, une libération de la parole des victimes", analyse Mme Ronzier. L’association ne prétend pas donner un bilan exhaustif, mais un reflet de son activité. Il s’agit de la seule mesure existante, les statistiques de la délinquance s’isolant par les actes homophobes.

Agressions. "Marie et Julie étaient au bowling avec des amies en Loire-Atlantique. Une quinzaine d’hommes se sont moqués et les ont insultées (’Sales gouines’). Cela s’est terminé par des coups, Julie est tombée dans le coma et a eu la mâchoire fracturée", relate le rapport.

"Marc, 36 ans, a été victime d’un viol collectif sur un lieu de drague en Bretagne. Il y a croisé un groupe de cinq hommes qui l’ont insulté (’Gros PD, grosse pute, salope’) avant de lui donner des gifles et des coups. Trois des agresseurs l’ont violé puis laissé nu à terre. Marc est traumatisé, il a du mal à s’exprimer." Toutes les agressions homophobes ne sont pas aussi médiatisées que les récentes attaques de bars gays à Lille et à Bordeaux. Elles n’en sont pas moins nombreuses : 122 cas en 2012. Le chiffre est en baisse par rapport à 2011 (moins 30), mais correspond tout de même à une agression tous les trois jours.

Insultes. L’écrasante majorité des témoignages concerne des injures. Le lieu privilégié de leur expression est Internet, qui totalise 35 % des appels reçus. Les déferlements de messages homophobes lus sur Twitter avec le hashtag (mot-clé) #gayetfier début août 2012, puis #simonfilsestgay fin décembre, ont suscité de nombreux appels. Autres exemples, des personnes "outées" sur la Toile : "Thierry [...] a été insulté et outé sur la page Facebook d’un producteur qu’il connaît dans le cadre professionnel. Il assure ’très bien’ assumer d’être gay, mais le fait que ce soit écrit sur le mur de cet individu et ses 3 000 abonnés l’a révolté."

Les commentaires injurieux d’articles consacrés au mariage homosexuel, ou des sites ouvertement homophobes ont également été signalés. L’association a pris en compte les appels de personnes choquées par des argumentaires opposés au projet de loi, "mais qui relevaient d’une homophobie virulente", souligne Mme Ronzier. Ils ont été regroupés dans la catégorie "homophobie sociale". "Le fait que des personnes se sentent heurtées par ces propos est révélateur du contexte et d’une sensibilité exacerbée", commente la présidente.

Famille et travail. Ce sont les manifestations de l’homophobie les plus pénibles car elles visent les personnes et les accompagnent dans leur vie quotidienne. "Antoine travaille dans une maternelle. En apprenant qu’il est gay, l’un des parents lui annonce qu’il souhaite retirer son fils de l’établissement et qu’il lui fera faire des tests sanguins de peur qu’il ait été contaminé." "Aujourd’hui, je me suis fait traiter à plusieurs reprises de pédale par un de mes oncles devant toute ma famille. Et personne ne m’a défendu, comme si j’étais coupable", témoigne un autre appelant.

Le voisinage peut aussi être le cadre de manifestations homophobes. "C’est une gouine, elle jouit toutes les deux heures", claironne un voisin à propos d’Alexandra, 41 ans. Les chiffres pour ces catégories sont stables. SOS-Homophobie relève en revanche une augmentation des incidents en milieu scolaire (+ 37 %), où le travail de sensibilisation à accomplir auprès des jeunes reste "phénoménal", selon l’association.

Gaëlle Dupont

Création à Toulon d’une association d’aide et assistance aux victimes de l’homophobie

Homophobie : « A chaque agression, attaquer en justice »

par Agnès Massei, La Marseillaise du 14 mai 2013


« Il faut qu’ils arrêtent de distiller la haine. Et la seule manière de les en empêcher est d’aller en justice », estime Thierry-Fortuné Crédi, président d’une nouvelle association de lutte contre l’homophobie.

Gay Power Toulon-Paca a en effet tout récemment vu le jour à Toulon. Cette petite dernière est née le 28 mars de parents gays, lesbiens et hétéros. Son destin est tout tracé : elle ambitionne d’apporter « aide et assistance » aux victimes d’homophobie sous toutes ses formes.

« Il s’agit de se constituer partie civile à chaque agression, d’attaquer en justice, afin d’obtenir une jurisprudence pour arriver au délit propre », explique Thierry-Fortuné Crédi. Seule manière à son sens pour « faire réfléchir  ».

Si elle fait état d’une « alliance intellectuelle » avec des structures telles que Le Refuge, l’association vole d’ores et déjà de ses propres ailes. Et compte dans ses rangs avocat et assistante sociale pour l’épauler dans les missions qu’elle s’est fixées.

Au regard du climat qui s’est installé, l’association ne manquera vraisemblablement pas d’activité. Thierry-Fortuné Crédi raconte le cas « d’amis agressés qui vont au commissariat » : « C’est à peine si les policiers ne leur disent pas que c’est mieux de ne pas porter plainte. » Ou encore celui à qui l’on répond : « Mais pourquoi vous sortiez d’une boîte gay ? » Sans compter les nombreux jeunes « jetés de leurs foyers par leurs géniteurs, je dis "géniteurs" parce que "parents" ça se mérite ».

La création de Gay Power Toulon-Paca est directement liée aux propos et comportements réactionnaires qui ont ponctué le débat sur le mariage pour tous. « Nous n’aurions pas constitué d’association si nous n’avions pas vu la haine monter », souligne Thierry-Fortuné Crédi. « Au début, je me suis dit : "Ce n’est pas possible, ça va faire chou blanc." Et puis j’ai constaté qu’au contraire ça galopait. » Manifestations, insultes, agressions n’ont effectivement pas manqué.

"Sous-citoyens"

Audrey Fangeau et Christian Politto, vice-présidente et secrétaire de l’association, ne s’attendaient pas eux non plus à ce déferlement. « Nous avons eu le sentiment d’être considérés comme des sous-citoyens. Nous avons les mêmes devoirs, nous devons avoir les mêmes droits. En ce qui me concerne, je veux avoir le choix », déclare la jeune femme. Christian Politto, lui, se dit « choqué que l’on soit obligé de légiférer pour obtenir l’égalité ».

Pour Thierry-Fortuné Crédi, « les discours haineux » proférés sur « un ton doucereux » font écho à ce que lui racontaient ses parents quant à la montée du fascisme. « Même pendant le Pacs, on n’avait pas vu ça à Toulon. Et en 46 ans, je n’avais jamais entendu de tels propos : pour certains, nous sommes des dépravés, des détraqués... » La radicalisation des « anti » lui a en revanche rappelé le « Toulon des années Front national ».

La loi a finalement été votée, mais « ce jour de joie a été gâché » par l’ambiance délétère dans laquelle il est intervenu.

Il estime en outre que Gay Power a plus que jamais sa raison d’être. Non seulement parce que les « antis » n’ont pas abdiqué : « Chaque fois qu’ils manifesteront, nous serons là », annonce Thierry-Fortuné Crédi. Mais, surtout, car il craint une recrudescence des actes homophobes.

Agnès Massei

Pour rejoindre ou adhérer à l’association :
Le Logis du Soleil (entrée 3), rue Lamartine - 83000 Toulon
tél 04 94 41 28 76 - 06 58 87 87 31

Notes

[1Le rapport de SOS homophobie pour l’année 2012 est téléchargeable à partir de http://www.sos-homophobie.org/rappo....


Suivre la vie du site  RSS 2.0 | le site national de la LDH | SPIP